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Face aux fonds activistes, Nicolas Sarkozy appelé à jouer les boucliers

Après Barrière et Accor, l'ancien président de la République devrait intégrer le conseil d'administration de Lagardère, aux prises avec le fonds Amber. Son carnet d'adresses et son pouvoir politique pourrait donner un peu d'air au groupe.

Voilà près d'un an qu'Arnaud Lagardère doit désormais ferrailler avec Amber Capital. Créé par le financier Joseph Oughourlian, le fonds est bien décidé à faire vaciller le géant de de la production et de la distribution de contenus, jugé trop peu rentable aux yeux de cet actionnaire exigeant. Entré au capital en 2016, Amber possède actuellement 10,58% du groupe (soit plus qu'Arnaud Lagardère lui-même), pousse pour une cure d'amaigrissement drastique, et surtout une meilleure gestion financière. La holding Lagardère Capital & Management (LC&M) était endettée à hauteur de 164 millions d'euros en 2019, a déclaré son patron dans Le Point, en janvier dernier.

Face à cette situation, le groupe a donc été contraint de renforcer son conseil d'administration. Dernière arrivée annoncée, celle de l'ex-patron de la SNCF, Guillaume Pépy, censé apporter une vision sur le travel retail. Mais la véritable "prise" pour Lagardère, c'est bien Nicolas Sarkozy qui devrait selon Marianne lui aussi intégrer le conseil d'administration du groupe.

"On n’est pas fou..."

Déjà présent chez Barrière et Accor, l'ancien président de la République est probablement le meilleur obstacle contre les fonds activistes. Proche du Qatar, il aime rappeler qu'il connaît directement l'émir. Au sein de Lagardère, (dont le Qatar est le principal actionnaire), c'est un argument de poids pour repousser les offensives d'Amber.

Surtout, l'ex-chef d'Etat joue à merveille les épouvantails chez Accor, lui aussi scruté par les fonds activistes. "On n’est pas fou, on sait qu’on ne peut pas être activiste chez Accor avec Sarkozy au conseil", expliquait en décembre dernier le responsable d’un fonds à BFM Business. "Il est la clé du problème". Avec son carnet d'adresses, ses bonnes relations avec les dirigeants du monde entier (dont Emmanuel Macron), il maintient à distance les activistes.

"Si quelqu’un veut acheter Accor, Accor est coté en Bourse, tout le monde peut le faire" a néanmoins tempéré son patron sur BFM Business. "Nous avions besoin d’une meilleure lecture sur le monde qui nous entoure", a-t-il souligné à propos de la présence de l'ancien président à son conseil d'administration. Et de souligner : "heureusement qu’il est là puisque depuis deux, trois ans (…) sa lecture est beaucoup plus fine que la mienne." Elle permet, en tout cas, de laisser les coudées franches au PDG. "Je ne passe aucun temps à protéger Accor d’un prédateur" glisse-t-il.

En sera-t-il de même avec Arnaud Lagardère? Amber n'a pas souhaité réagir à cette arrivée, prévue en septembre. Mais la bataille s'annonce épique, et le fonds n'entend probablement pas lever le pied, alors que le mandat d'Arnaud Lagardère prend fin en 2021.

Thomas Leroy