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Et si Camaïeu devenait une marque "made in France" ? C'est le pari de deux entrepreneurs français

La marque de prêt-à-porter féminin sera mise aux enchères en décembre. Deux entrepreneurs espèrent l'emporter pour relancer l'enseigne nordiste et faire de Camaïeu une marque "100% made in France".

Camaïeu, ce n'est (peut-être) pas fini. La marque sera mise aux enchères le 7 décembre prochain et plusieurs candidats devraient se positionner sur la ligne de départ. Parmi eux, deux entrepreneurs français qui espèrent bien remporter les enchères pour relancer Camaïeu et en faire une marque entièrement fabriquée en France. "Ce n'est pas gagné parce que nous ne serons pas seuls à enchérir, mais nous sommes motivés", veut croire Karine Renouil-Tiberghien, qui estime qu'il y aura dix à quinze candidats pour la reprise de la marque Camaïeu.

Avec son associé Arnaud De Belabre, elle est à la tête de l'entreprise Les Manufactures de Layette et Tricots (MLT). Elle a lancé un appel sur les réseaux sociaux pour faire connaître leur projet de reprise de l'enseigne nordiste de prêt-à-porter, liquidée le 28 septembre dernier après quarante ans d'existence. Les deux entrepreneurs dirigent trois usines textiles en France spécialisées dans le tricotage – deux d'entre elles tricotent et assemblent l'entièreté des vêtements, la troisième tricote en France et assemble ses vêtements en France et une partie en Tunisie. Ces habits pour enfants et adultes sont essentiellement vendus en grande distribution.

"Nous avons prouvé qu'il était possible de faire du 'made in France' en grande distribution", avance Karine Renouil-Tiberghien, qui espère un soutien politique.

Jusqu'à la fin des années 1990, Camaïeu réalisait 80% de sa production dans un périmètre de 300 kilomètres autour de Roubaix; face au déferlement des importations chinoises à bas coût, l'enseigne nordiste avait changé de stratégie et délocalisé sa production. Les deux entrepreneurs veulent revenir aux racines de l'enseigne en proposant du "made in France" à des prix raisonnables, sans bousculer ses fondamentaux. La marque resterait sur le milieu de gamme, même si les prix proposés seraient forcément un peu plus élevés que ce que proposait Camaïeu ces dernières années.

Un projet industriel "de dix à quinze ans"

Mais ce n'est le projet qui départagera les candidats: aux enchères, celui qui apportera la plus grosse somme empochera la marque. Karine Renouil-Tiberghien et son associé assurent avoir réuni le montant qu'ils jugent nécessaire. La valeur de la marque est néanmoins difficile à estimer "car elle dépendra des motivations des uns et des autres, que l'on ignore", souligne-t-elle. Ils ne peuvent pas non plus se permettre de trop dépenser car, s'ils arrivent à racheter la marque, il faudra ensuite payer un nouveau site web et les premières collections.

La production s'appuierait dans un premier temps sur leurs usines actuelles et sur d'autres fabricants français mais l'objectif est de construire de nouvelles usines à terme. "C'est un projet industriel sur dix à quinze ans que nous portons", note Karine Renouil-Tiberghien. À cet horizon, ils désirent proposer 20 à 25 millions de pièces par an, contre 70 millions avant la liquidation. Pour être efficace, la collection se concentrerait sur les 20% de produits les plus vendus dans les ex-boutiques Camaïeu, notamment les hauts en maille, "un type de fabrication que nous maîtrisons déjà".

"Ce dont nous aurions besoin", si le projet se concrétisait, "ce seraient des commandes, pas des subventions d'État", souligne la cheffe d'entreprise.

Les boutiques seraient-elles de retour ? Camaïeu comptait 500 magasins en France au moment de sa liquidation. À court terme, les deux entrepreneurs ne compteraient pas rouvrir des magasins, trop coûteux. Mais ils ne ferment pas la porte à plus long terme, s'ils remportent les enchères. "L'histoire est à écrire", assure Karine Renouil-Tiberghien.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV