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Engie au cœur de la crise nucléaire belge

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- - ERIC PIERMONT / AFP

Ses voisins européens promettent d’alimenter la Belgique en électricité pour compenser l’arrêt de six des réacteurs d’Engie. Le groupe français tente de calmer une crise politique qu’il a lui-même provoquée depuis un an.

L’Europe vient à la rescousse de la Belgique. Depuis samedi, seul un des sept réacteurs nucléaires belges d’Engie fonctionne, et ce pendant un mois. Les six autres sont arrêtés pour maintenance forcée à cause de fissure dans la structure en béton. Quatre d’entre eux seront relancés d’ici fin décembre. Le nucléaire fournissant la moitié de la consommation électrique belge, ces arrêts vont poser des problèmes d’approvisionnement en énergie. La semaine dernière, le secrétaire d’Etat à l’Ecologie Sébastien Lecornu et la ministre de l’Energie belge ont discuté à plusieurs reprises de ce sujet épineux, avec leurs homologues allemand, autrichien et suisse. « Les quatre états s’engagent à tout mettre en œuvre pour alimenter la Belgique » tente de rassurer un proche du dossier.

EDF fera tourner ses réacteurs nucléaires à plein régime pour fournir, au prix fort, de l’électricité à son rival français Engie. « Si les températures restent douces, cela se passera bien, explique un cadre d’Engie. Sinon, il faudra trouver des solutions… ». En France, le Réseau de transport d’électricité (RTE) se veut rassurant pour contrôler la situation jusqu’à la fin de l’année. Mais début 2019, la rigueur de l’hiver pourrait poser problème. « Il y a un risque que les arrêts de centrales belges durent plus longtemps » craint un bon connaisseur du sujet. « Le calendrier peut évoluer, reconnaît-on chez Engie. Nous ne pouvons pas le garantir à 100% ».

Eviter la crise diplomatique

Le groupe français est au cœur d’une crise politique en Belgique. Le Premier ministre l’accuse d’avoir « manqué de la plus élémentaire prévoyance » dans la gestion du parc nucléaire. L’Etat français, actionnaire d’Engie à 24%, se tient à l’écart du sujet pour éviter la crise diplomatique. Mais « Engie l’informe régulièrement de la situation » justifie un dirigeant. Pour tenter de calmer le jeu, le groupe français multiplie ses efforts. Son président Jean-Pierre Clamadieu est en première ligne pour rassurer le gouvernement belge, qu’il connaît bien comme patron du belge Solvay. « Il a assuré qu’Engie prendrait toutes ses responsabilités sur les besoins financiers du parc nucléaire » explique un proche du groupe. Dans sa mission périlleuse, il se fait épauler par Etienne Davignon, ancien patron de la filiale belge d’Engie (Tractebel) et incontournable dans les milieux politiques et économiques à Bruxelles. « Pour que Davignon ait été dépêché c’est que la situation est grave » décrypte un ancien d’Engie.

Le gouvernement belge ne décolère pas contre Engie depuis plusieurs mois. Depuis un an, la directrice générale, Isabelle Kocher, a semé la panique en Belgique en voulant sortir du nucléaire et vendre sa filiale Electrabel qui gère les sept réacteurs belges. « Le gouvernement belge a eu peur qu’Engie quitte le navire sans assumer les coûts de démantèlement des centrales » reconnaît un cadre. En mai dernier, le groupe a rapatrié deux sociétés très rentables d’Electrabel chez Engie (CNR et Shem). « Cette opération a convaincu le gouvernement belge qu’Engie voulait plier bagage et vider les caisses d’Electrabel pour ne pas payer la facture nucléaire » décrypte un bon connaisseur du dossier. Déjà en 2017 circulaient des scénarios de vente de la filiale belge. Il avaient fait naître des doutes sur les intentions d’Engie.

Garantie illimitée d’Engie

En représailles, le gouvernement belge s’était lancé dans l’élaboration d’une loi visant à fixer des contraintes fortes au groupe français. Ainsi, les 10 milliards d’euros de provisions pour le démantèlement des réacteurs et la gestion des déchets nucléaires risquent d’augmenter de 3 ou 4 milliards d'euros. La Belgique demande surtout d’en sanctuariser plus de 25% comme c’est le cas aujourd’hui. Et c’est là que ça coince. Engie n’a pas les moyens de verser en cash, d’un coup, plusieurs milliards d’euros. Le groupe essaie plutôt de négocier une « garantie illimitée sur les coûts ». Son président Jean-Pierre Clamadieu jure surtout aux autorités belges que les options explorées par Isabelle Kocher ne sont plus d’actualité. Mais Engie peine à convaincre la Belgique. « Il y a un vrai manque de confiance » reconnaît un dirigeant.