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Les Etats-Unis doublent leurs exportations de gaz vers l’Europe

Les producteurs américains profitent de la baisse des importations européennes de gaz russe. La flambée des prix fait exploser leurs marges, TotalEnergies en tête.

Les Etats-Unis sont les grands gagnants de la crise gazière en Europe. Depuis le début de l’année, le gaz américain déferle sur les côtes européennes à mesure que les Russes réduisent le débit des gazoducs vers l’Allemagne ou l’Italie.

Les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) en Europe ont doublé. Au premier semestre, elles atteignent déjà 27 millions de tonnes, soit plus que les 21 millions de tonnes sur l’ensemble de l’année 2021, selon les données du groupement internationale des importateurs de GNL (GIIGNL). En six mois, l’Europe a déjà reçu plus que les 230 méthaniers qui avaient accosté l’an passé.

Les volumes explosent et les recettes aussi. Les producteurs américains profitent aussi de l’envolée des prix du GNL qui ont, en moyenne, doublé.

"La valeur moyenne d’une cargaison est passée d’environ 50 millions à 80 millions de dollars en 2022. A ces niveaux de prix, on peut estimer les exportations américaines vers l’Europe à environ 30 milliards de dollars au premier semestre", estime le délégué général du GIIGNL, Vincent Demoury.

Ce phénomène a conduit à un effet domino mondial. L’envolée des prix chez nous a poussé les sociétés américaines à vendre davantage en Europe. A l’inverse, l’Asie a préféré baisser ses achats de GNL américain. La demande a baissé de 20% en Chine et de 15% en Inde. Ces deux pays ont, du coup, relancé leurs centrales à charbon en achetant du lignite russe bon marché.

TotalEnergies surfe sur la vague

Gagnant parmi les gagnants, le Français TotalEnergies rafle la palme de premier exportateur de GNL américain, que son PDG Patrick Pouyanné a revendiqué lors de son assemblée générale il y a un mois. Le groupe a pleinement profité de la crise énergétique. Au premier trimestre, la marge opérationnelle de sa division "gaz" a triplé à 3 milliards de dollars sur un an. Et le deuxième trimestre s’annonce tout aussi profitable alors que les prix restent élevés.

TotalEnergies récolte les fruits d’une stratégie de longue date dans le GNL. D’abord en misant dès 2014 dans le mega-projet russe de Yamal. Puis en rachetant les activités GNL d’Engie en 2018 pour seulement 1,5 milliard de dollars. Grâce à cette acquisition, TotalEnergies a notamment récupéré le projet de GNL américain de Cameron, en Louisiane ainsi qu’une dizaine de méthaniers.

Une tendance qui va se poursuivre, aux Etats-Unis d’abord. L’extension de ce champ de Cameron va permettre au groupe d’augmenter sa production de 30% d’ici 2025. Mais le groupe mise aussi sur le Qatar où il a signé, il y a un mois, un investissement -minoritaire- dans ce qui sera le plus grand champ du monde à partir de 2027. Seule ombre au tableau: son projet au Mozambique a dû être suspendu l’an passé en raison des menaces terroristes.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business