BFM Business

L’EPR de Flamanville risque encore d'avoir plusieurs années de retard

-

- - CHARLY TRIBALLEAU / AFP

L’Autorité de sûreté nucléaire doit rendre dans les prochaines semaines son avis sur les défauts de soudures du réacteur. Des réparations semblent inévitables. Le chantier pourrait encore accuser un délai d’au moins deux ans.

EDF risque un nouveau coup dur. Très dur. Dans les prochaines semaines, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) doit rendre son avis sur les soudures défectueuses de l’EPR de Flamanville. Au total, 66 soudures qui présentent un défaut de fabrication, doivent être jugées conformes ou réparées. EDF milite depuis plus d’un an pour expliquer que ces anomalies ne sont pas dangereuses pour la sûreté nucléaire et qu’elles résultent de normes théoriques excessivement sévères.

Sauf que la semaine dernière, un groupe d’experts indépendants a jugé que ces défauts étaient trop importants pour ne rien faire. « Le Groupe permanent considère qu’EDF […] doit procéder à la remise en conformité » de ces soudures, ont-ils indiqué. Dans le même temps, les ingénieurs de l’ASN, regroupés au sein de l’institut de radioprotection de la sûreté nucléaire (IRSN) ont enfoncé le clou. « Compte tenu de l'importance des écarts identifiés, l'IRSN a conclu qu'EDF devrait, plutôt que rechercher à justifier une acceptabilité en l'état, procéder à la remise en conformité des soudures concernées ». Des sommations nettes que l’entreprise publique aura du mal à contourner. Pourtant, EDF tient toujours sa ligne de défense. « Nous continuons à vouloir démontrer que ces soudures sont conformes au plus haut niveau de sûreté » explique une source proche d’EDF.

Personne ne peut deviner ce que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) décidera d’ici fin mai-début juin. Mais les deux avis préliminaires laissent peu de place à un feu vert sans concessions. « Compte tenu du fait que le groupe d’experts et l’IRSN recommandent de réparer les soudures, il est difficile d’imaginer que l’ASN ne suive pas ces avis » confirme Yves Marignac, l’un des experts indépendants qui a planché sur les soudures défectueuses. Une position dont la direction d’EDF a bien conscience.

Un huitième retard

Ces très probables réparations repousseraient une nouvelle fois le lancement du réacteur normand. EDF a présenté deux options : ou des travaux « in situ », directement sur les tuyaux, ou en atelier ce qui nécessiterait de démonter les pièces, les reprendre et les réinstaller. « Sur la base des informations présentées par EDF, on peut estimer que réparer les soudures en les laissant en place prendrait au moins 24 mois, détaille Yves Marignac. Et probablement davantage si elles sont transférées en atelier ». Des délais qu’EDF ne veut pas commenter. Le groupe précise toutefois qu’un point complet sur le calendrier de Flamanville sera fait après la décision de l’ASN, d’ici l’été. Preuve que le planning sera bel et bien modifié. Un huitième retard du chantier, prévu à l’origine pour 2012, est donc attendu.

Officiellement, le démarrage de l’EPR de Flamanville est prévu pour la fin de l’année. Sans compter le potentiel retard lié aux soudures, les experts estiment en réalise qu’il démarrera en 2020, voire 2021. En tenant compte des possibles nouveaux travaux, il pourrait n’ouvrir, dans le pire des cas, qu’en 2024.

Conséquence sur les EPR d’Hinkley Point

Pour tenter d’éviter ce scénario catastrophe, EDF espère convaincre l’Autorité de sûreté nucléaire de l’autoriser à démarrer la centrale et de procéder ensuite aux travaux. « Il est possible de faire les réparations plus tard pendant un arrêt de maintenance, explique une source proche d’EDF. L’ASN nous a déjà autorité à le faire pour le même genre de travaux à Fessenheim ». De la même manière, le gendarme du nucléaire a également autorité EDF à remplacer le couvercle de la cuve de Flamanville -également défectueux- après son démarrage. Une option qui ne convainc absolument pas les experts en charge du dossier. « Le risque de rupture existe dès la première année d’exploitation, juge Yves Marignac. Donc cela n’a pas de sens d’autoriser le démarrage du réacteur sans réparer toutes les soudures ».

La date de mise en service de l’EPR de Flamanville est un enjeu majeur. Il est le premier réacteur de troisième génération construit en France, un modèle pour en construire une dizaine d’autres. Mais aussi une vitrine pour le monde entier qui observe avec perplexité les retards s’accumuler. La Chine a déjà démarré en 2018 son premier EPR à Taishan. Le second sera lancé cette année. Au-delà de l’image d’EDF dans le monde et du rayonnement de l’industrie nucléaire française, l’entreprise pourrait payer encore plus cher un nouveau retard de l’EPR de Flamanville. En Grande-Bretagne, à Hinkley Point, elle construit deux réacteurs avec le soutien financier du gouvernement britannique. L’Etat s’est engagé à garantir les emprunts d’EDF pour financer le chantier, permettant au groupe français de diminuer ses taux d’intérêts. Sauf que l’Etat britannique a conditionné son aide au bon déroulement du chantier de l’EPR de Flamanville. Un effet domino qui risque de coûter cher à EDF.