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Engie veut reprendre le contrôle de Suez

La directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, et son président, Gérard Mestrallet, s'opposent sur ce projet.

La directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, et son président, Gérard Mestrallet, s'opposent sur ce projet. - ERIC PIERMONT / AFP

La patronne Isabelle Kocher souhaite créer un géant des services à l’énergie. Une idée qui cristallise les tensions en interne. Son rival Veolia suit le dossier de près.

Engie cherche à recréer un géant de l’environnement. Selon plusieurs sources proches du groupe, sa patronne Isabelle Kocher souhaite reprendre le contrôle de Suez, la filiale de gestion de l’eau dont Engie (ex GDF-Suez) détient 33%. Un projet qu’elle mûrit depuis plusieurs mois. L’été dernier, elle a fait la tournée des grands candidats de la primaire de la droite et du centre pour leur présenter son idée de "créer un grand acteur des services à l’énergie autour de l’électricité, du gaz et de l’eau" explique un proche de l’un des piliers de la primaire. Après Nicolas Sarkozy, Isabelle Kocher a rencontré Alain Juppé en juin, même s’il était conseillé par son ancien rival Jean-François Cirelli, l’ancien numéro deux d’Engie. Après avoir tenté de les revoir à la rentrée, elle a "vendu" son projet à François Fillon en septembre. "À chacun, elle a déroulé son plan consistant in fine à reprendre le contrôle de Suez" décrypte un autre conseiller d’un des trois candidats. Un blanc-seing politique est indispensable alors que l'État détient 33% d'Engie. Le groupe décidera de l'avenir de Suez après l'élection présidentielle et d'ici fin 2018.

Quelques obstacles se dressent pourtant sur sa route. Racheter Suez coûterait environ 5 milliards d’euros. "Elle veut y investir une partie des 15 milliards d’euros de cessions annoncées mais elle n’a pas assez d’argent pour faire tous ces métiers" note un banquier proche d’Engie. Une des idées consisterait à revendre ensuite l’activité "propreté" (Sita) de Suez pour limiter la facture. Puis d’arrimer les métiers de gestion de l’eau à Ineo, la filiale à la mode d’économie d’énergie, pour qu’elle profite des liens commerciaux de Suez avec les villes. Il y a quelques mois, Isabelle Kocher a d’ailleurs confié la direction d’Ineo à Yann Rolland, un ancien de… Suez. Contactée, la direction d’Engie n’a pas souhaité commenter les informations de BFM Business. Celle de Suez n’a pas souhaité nous répondre.

Lourdes oppositions internes

Autre embûche sur son chemin: les résistances internes. Elles sont fortes puisque le directeur général de Suez, Jean-Louis Chaussade est farouchement opposé à une telle opération. Ce serait également le cas de Gérard Mestrallet, président à la fois d’Engie et de Suez, personnage incontournable dans un tel projet. "Ce projet autour de Suez cristallise les tensions entre Kocher et Mestrallet" assure un proche du groupe. Ces derniers mois circule la rumeur selon laquelle le président d’Engie souhaiterait se séparer de sa directrice générale, qu’il a pourtant adoubée depuis trois ans.

Reste qu’un tel projet résonne chez les concurrents. Le grand rival Veolia suit l’affaire de près. "Ses banquiers n’ont pas attendu pour ressortir les schémas de fusion avec Suez qu’ils avaient rangés depuis deux ans" témoignent plusieurs sources proches de Veolia qui assurent qu’il n’y a aucune discussion. Cette option reste pourtant très complexe à réaliser en termes de concurrence. "Cela aurait du sens à l’international, reconnaît un proche de la direction de Veolia. Mais cela créerait des problèmes de gouvernance". Le "double président" Gérard Mestrallet y serait, là aussi, opposé. Prêt à tout pour contrer les projets d’Isabelle Kocher, il imaginerait même une alliance improbable entre Suez et le grand rival EDF. Un meccano financier dont lui seul a le secret. 

Matthieu Pechberty