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Comment la France aide l'Irlande à se passer des Anglais pour s'éclairer

Un câble électrique sous-marin de 600 kilomètres de long va être déployé entre les deux pays. (image d'illustration)

Un câble électrique sous-marin de 600 kilomètres de long va être déployé entre les deux pays. (image d'illustration) - Jean-Sébastien Evrad - AFP

La Commission européenne vient de donner son feu vert à un projet d'interconnexion électrique entre la France et l'Irlande. Une manière de court-circuiter la Grande-Bretagne, exportatrice d'électricité, alors qu'elle souhaite quitter le marché unique.

Des électrons "made in France" circuleront bientôt dans le réseau électrique irlandais. La Commission européenne a décidé d'accorder, fin juin, 4 millions d'euros de subvention au projet "Celtic Interconnector". Une somme permettant de financer la consultation publique à venir et les travaux préliminaires de ce programme porté par RTE et EirGrid, les gestionnaires des réseaux français et irlandais d'électricité.

Pour connecter d'ici 2025 la France à l'Irlande, les deux entreprises publiques ont prévu d'immerger sous la mer celtique, un imposant câble électrique de 600 kilomètres de long.

D'après l'étude de faisabilité bouclée en juillet 2016, la future ligne à haute-tension sous-marine reliera les villes de La Martyre (Finistère) et Great Island ou Knockraha (Irlande), où seront bâties deux stations électriques permettant de convertir le courant alternatif en courant continu.

D'une capacité de transport de 700 mégawatts, cette interconnexion permettra d'alimenter, à l'arrivée, près de 450.000 foyers en électricité.

Un projet économique et politique

Réalisée dans le cadre de "l’union de l’énergie" souhaitée par la Commission européenne, cette nouvelle interconnexion électrique va permettre à l’Hexagone d’écouler plus facilement son surplus de production électrique, provenant essentiellement des centrales nucléaires. Cette nouvelle liaison permettra aussi à la France de verdir son mix énergétique en important, si nécessaire, de l’électricité plus propre, c'est-à-dire produite grâce à des sources d’énergie renouvelables, comme l’éolien dans le cas de l’Irlande.

Le projet "Celtic Interconnector" revêt enfin une dimension politique. Jusqu'à présent, l'Irlande est approvisionnée en électricité grâce aux centrales électriques implantées au Royaume-Uni, pays qui, comme chacun sait, négocie sa sortie de l'Union européenne et de son marché commun. L'Irlande "ne peut donc plus se reposer sur le Royaume-Uni pour son approvisionnement en énergie" estime Neale Richmond, le président de la commission Brexit du sénat irlandais. Un avis partagé par Denis Naughten, le ministre de l'Énergie, cité par Euractiv: "il est important d'assurer des connexions directeurs avec l'UE". Lorsqu'il entrera en fonction, le câble sous-marin sera certainement le seul lien physique reliant encore l'Irlande à l'Union européenne.

Antonin Moriscot Journaliste BFMTV