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Des hôtesses dénoncent des violences sexuelles "endémiques" chez Air France

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Dans un article paru lundi, Mediapart rapporte les propos de salariés d’Air France, majoritairement des femmes, victimes de violences sexuelles à leur travail, et qui dénoncent l’attentisme de la compagnie sur ces faits.

Il y a Nathalie, violée par un copilote lors d’une escale, et susceptible de voler à nouveau avec lui. Il y a Justine, qui aidait un client quand celui-ci a tenté de l’embrasser de force. Ses collègues n’en ont pas “fait grand cas. Le passager n’a même pas été recadré”.

Il y a aussi Chloé, qui a travaillé six été consécutifs pour la compagnie aérienne, harcelée par un stewart en 2019, qui lui tient continuellement des propos à caractère sexuel, et finit par l'agresser : "il a fait mine de me faire un baise-main, et la glisse au niveau de son entrejambe. Ce qui a fait rire un collègue, témoin de la scène". 

Et il y a encore Sophie, Joanna, Nadia, etc. En tout, une dizaine de femmes ont témoigné auprès de Mediapart, dans un long article paru lundi, sur les comportements sexistes et les violences sexuelles qu’elles ont subi, et continuent d’endurer chez Air France. Un harcèlement sexuel tellement "généralisé" qu’il "en devient presque trivial. On peut dire que cela fait partie du package", raconte l'une d'elles.

Des pilotes intouchables

Certes, une cellule d’écoute a été mise en place il y a quelques mois pour dénoncer ce type de faits, mais elles sont très peu à la contacter, même pour témoigner anonymement. Parce qu’elles ont peur d’être considérées comme fautives, argumentent-elles. 

Visiblement à raison: en octobre 2019, une alternante qui avait signalé des faits de harcèlement de la part de deux stewards, s’est vu refuser son CDI. Cette employée au dossier professionnel irréprochable a manqué la titularisation en raison de "l’effet qu’elle fait à la gent masculine" a dit le cadre en charge du dossier. 

Aux syndicats qui s’indignaient de cette décision, ce cadre a répondu “qu’il devait respecter son obligation de résultat en matière de sécurité, et que c’était pour cette raison qu’il ne souhaitait pas l’embaucher”. Finalement, sous la pression des représentants du personnel, la jeune femme a été réintégrée. 

Ces femmes racontent encore qu’un employé qui a harcelé sexuellement au moins deux femmes de la compagnie, qui ont rapporté ses agissements à la direction, est monté en grade. Et que si la compagnie a changé dans ses réactions quand les accusations concernent les stewards, les pilotes eux, sont toujours “intouchables”. 

La compagnie nous a fait parvenir la réponse envoyée à Mediapart. Elle rappelle notamment qu'elle "emploie aujourd’hui plus de 45 000 salariés, sur une grande diversité de métiers" et "comme toutes les entreprises, elle est exposée au risque d’agissements à caractère sexiste". "Consciente de cet enjeu, l’entreprise a pris ce sujet très au sérieux depuis de nombreuses années en développant une approche qui repose plusieurs axes: la prévention et la sensibilisation, la remontée d’information et l’accompagnement des victimes, et la mise en œuvre de mesures disciplinaires en cas d’agissements répréhensibles", explique-t-elle, avant de détailler les mesures mises en oeuvre (Charte de prévention des harcèlements au travail signée en 2008, campagnes "Osons le dire" et "Stop au sexisme"...). 

"En cas de faits fautifs, des mesures disciplinaires sont prononcées. Des sanctions de 1er ou 2nd degré (comme des mises à pied par exemple), pouvant aller jusqu’au licenciement, ont ainsi été décidées par le passé. Par ailleurs, des entretiens managériaux sont réalisés afin de sensibiliser les salariés concernés et repréciser les règles", ajoute Air France.

La compagnie précise enfin que "lorsque des procédures pénales sont engagées par des victimes de harcèlement, celles-ci sont soutenues par Air France, notamment en se constituant partie civile au côté des victimes contre les harceleurs. Air France a d’ailleurs été en 2017 la première entreprise à être reconnue par la Cour de cassation comme partie civile à l’encontre d’un salarié harceleur". Air France refuse en revanche de commenter les situations décrites ici et de “communiquer le nombre de plaintes qui arrivent dans ses services et le nombre d’appels reçus dans les cellules d’écoute récemment mises en place”. 

Nina Godart