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Défaillances d'entreprises: un net recul au global, mais les PME toujours plus sinistrées

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La société Altares a publié ce mercredi son dernier palmarès consacré aux défaillances d'entreprises en France. Au 3e trimestre 2019, il ressort que leur nombre se rapproche des niveaux exceptionnellement bas constatés en 2007. Sauf pour les PME de plus de 50 salariés.

Le compteur estival des défaillances d'entreprises n'était plus retombé sous le seuil des 10.000 procédures depuis 2006 (9.907 jugements), l'été 2019 qui vient de s'achever s'en rapproche de nouveau grandement. Selon le dernier palmarès réalisé par Altares portant sur les défaillances d'entreprises au troisième trimestre 2019, il apparaît qu'avec "seulement" 10.501 jugements prononcés durant cette période, le nombre de défaillances d'entreprises s'avère en net repli. Sur le papier, la nouvelle est évidemment heureuse. D'autant qu'il s'agit-là du meilleur trimestre depuis celui de 2007 (10.305 jugements comptabilisés à l'époque).

"Le nombre de défaillances d'entreprises bute chaque été sur le seuil des 10 000 procédures. Mais avec 10 500 jugements prononcés, ce 3e trimestre est le meilleur depuis celui de 2007 (10.300). En tendance, cela représente une baisse de 9,2% (vs T3 2018 - NDLR). Un recul important, mais le 3e trimestre 2018 avait été alourdi par une exceptionnelle extension de procédure de redressement judiciaire prononcée en août par le Tribunal Mixte de Commerce de Saint-Denis de la Réunion sur près de 350 sociétés. Corrigée de cette décision technique, l'évolution nationale demeure favorable mais est ramenée à -6,4%", indique Thierry Millon, Directeur des études Altares? dans le document.

La tendance s'inverse pour les PME de plus de 50 salariés

Mais les auteurs de ce palmarès tiennent à le préciser. Les entreprises, selon leur taille, ne sont, comme souvent, pas toutes logées à la même enseigne.

"Les trois quarts des jugements concernent des micro-entreprises de moins de trois salariés, mais 73 sociétés de plus de 50 salariés sont également passées devant le tribunal ce trimestre (+ 30% au 3e trimestre 2019 par rapport au T3 de 2018 – NDLR) contre 56 un an plus tôt. A elles seules, ces 73 PME concentrent près du tiers des emplois menacés (11.600), soit plus d'une défaillance de grandes PME enregistrée chaque jour ouvré. Cette accélération de la sinistralité des PME pèse lourdement sur l'emploi. Près de 37.300 emplois sont ainsi menacés, parfois déjà perdus, c'est 2.350 de plus par rapport à l'été 2018", poursuit le Directeur des études.

Moins de défaillances sur un an, mais plus d'emplois menacés

De fait, tel que le détaille le document, "le tiers des emplois menacés se concentre sur les seules défaillances de PME d'au moins 50 salariés".

"Durant l'été 2014, nous comptions 13.400 défaillances qui menaçaient alors 56.400 emplois. Cinq ans plus tard nous enregistrons 3.000 défaillances de moins et plus de 19.000 emplois épargnés. Une remarquable amélioration. Cependant, sur un an, la trajectoire s'inverse sévèrement. En dépit de près d'un millier de procédures en moins, ce sont 2.350 emplois de plus qui sont menacés par les défaillances d'entreprises, par rapport à l'été 2018", précise le palmarès.

La bonne nouvelle cependant concerne les très petites structures ainsi que les grandes PME. Pour le coup, la situation se révèle "globalement stable" pour les entreprises de 20 à 46 salariés avec 196 défaillances enregistrées au troisième trimestre 2019 contre 202 un an plus tôt. Elle serait même "franchement bonne", selon Altares, pour les sociétés de 3 à 19 salariés avec 2.392 procédures enregistrées (soit -14% comparé au T3 de 2018).

La filière maisons individuelles mal en point, la boucherie se démarque

Parmi les secteurs les plus touchés, ceux qui ont subi les plus fortes dégradations au troisième trimestre 2019 ne sont autres que ceux de la construction de maisons individuelles. Lequel secteur signe, selon Altares, "la plus forte dégradation avec près de 180 défaillances (+19%), le plus mauvais chiffre depuis quatre ans" (…) Le commerce interentreprises (gros), globalement dans le vert, est en situation très délicate dans les matériaux de construction (+40,5%) qui remontent au niveau de sinistres de l'été 2015", poursuit le document.

Autre secteur dans le rouge: celui du conseil en communication et gestion. Là encore, les chiffres ne sont pas bons avec une hausse de 33% du nombre de défaillances d'entreprises constatée en troisième trimestre de cette année.

Pour obtenir des chiffres plus heureux, il faut se tourner du côté des travaux de second œuvre (-13,7%) et des travaux publics (-13,2%), mais également du côté de la boucherie qui, après trois étés difficiles, respire de nouveau (-23% de défaillances sur un an entre le T3 de 2018 et celui de 2019).

Même son de cloche dans la filière agroalimentaire (-19,5%), ainsi que "dans les services à destination du consommateur (-14%) ou en restauration (-11%), en particulier en restauration traditionnelle (-11%) qui s'améliore régulièrement chaque été depuis quatre ans, alors que la restauration rapide (-8%) avait connu un très mauvais été 2018", poursuit Altares.

Au final, conclut le document, bien que le contexte international se révèle "chahuté" à bien des égards, "la France a bien résisté sur ce troisième trimestre". Mais la réalité entrepreneuriale n'est pas simple pour autant.

"La fin de l'année reste encore très incertaine pour de nombreux acteurs. Le dernier trimestre porte les espoirs d'une consommation plus soutenue, notamment à destination des commerçants physiques dont la trésorerie demeure la préoccupation première des dirigeants. Les PME sont également très attentives à leur niveau de trésorerie dans un contexte de dégradation des comportements de paiement depuis le printemps. Au-delà des grandes PME contraintes de déposer le bilan, une douzaine de sociétés de plus de 100 salariés ont obtenu un accord de conciliation cet été. Ces sociétés, non comptabilisées parmi les défaillances, portent 2 650 emplois. La bonne tendance observée ce trimestre sur le front des défaillances ne doit donc pas masquer des réalités entrepreneuriales encore compliquées", conclut Altares.

J.C-H