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YouTube offre un pont d’or aux stars du web français

La filiale de Google propose 100.000 euros par an aux 20 plus gros Youtubeurs français pour diffuser leurs vidéos en avant-première, et éviter de les voir partir à la concurrence.

YouTube casse sa tirelire pour retenir ses stars. Selon des sources industrielles, la filiale de Google a récemment approché les 20 principaux Youtubeurs français pour leur proposer de meilleures conditions. Elle propose de leur garantir un revenu minimal de 100.000 euros par an. En échange, les Youtubeurs s’engageraient à mettre leurs vidéos en avant-première sur YouTube durant quelques jours ou semaines, et après cette période d'exclusivité, à les laisser chez la filiale de Google. Des propositions similaires ont déjà été faites depuis plus d'un an aux Youtubeurs américains.

La concurrence se multiplie

Si YouTube se met à proposer un tel minimum garanti à ses stars, ce n'est pas par philanthropie, mais par peur de la concurrence, qui se multiplie. Il y a d'abord le français Dailymotion, qui, depuis son rachat par Vivendi, bénéficie en exclusivité de contenus maison comme les Guignols - mais pas encore le Studio Bagel, racheté il y a deux ans mais resté chez YouTube. Il y a aussi l'américain Vessel, qui, depuis un an, propose à ses abonnés des vidéos trois jours avant qu'elles ne deviennent gratuites. Pour s'abonner, l'internaute doit payer 2,99 dollars par mois, dont une partie est reversée à l'auteur de la vidéo. Et il y a surtout Facebook, où le nombre de vidéos vues explose: 8 milliards par jour dans le monde. Jusqu'à présent, ces vidéos ne comportent pas de publicité, mais Facebook a démarré des tests de monétisation. 

Squeezie gagnerait déjà 480.000 euros par an

Jusqu'à présent, les Youtubeurs reçoivent de la plateforme 55% des recettes publicitaires, soit 0,08 centime d'euro par vidéo vue, un montant qui baisse régulièrement (il était compris entre 0,1 et 0,3 centime il y a quelques années).

Toutefois, ces chiffres ne valent que pour les publicités vendues par YouTube. Le Youtubeur peut aussi vendre la publicité avant sa vidéo via une régie, appelée multi-channel network (MCN), comme Mixicom, Studio Bagel, Golden Moustache, ou Finder Studios. Celle-ci est alors plus ciblée, et se vend plus cher: 1 centime d'euro par visionnage, et parfois même jusqu'à 2 centimes. Chez Studio Bagel ou Finder Studios, ces ventes représentent un bon tiers des spots.

Grâce à ces reversements, Norman a indiqué gagner 100.000 euros par an. Mais Squeezie tutoierait les 480.000 euros annuels, et Cyprien les 360.000 euros, selon Les Echos.

Rappelons que YouTube avait en outre avancé à l'automne 2012 entre 500.000 et un million d'euros à treize nouvelles chaînes afin de faire démarrer la pompe.

Du beurre dans les épinards

Mais les reversements de YouTube ne représentent qu'une faible part des revenus des Youtubeurs. "Cela ne suffit pas du tout à couvrir le coût des vidéos", explique un Youtubeur. Pour mettre du beurre dans leurs épinards, ces nouvelles stars des ados reçoivent aussi de l'argent des annonceurs. En retour, elles participent à des spots de publicité, ou font -plus ou moins discrètement- la promotion de l'annonceur dans leurs vidéos, en le mentionnant plus ou moins explicitement au générique, ou dans le texte décrivant la vidéo. Chez Studio Bagel ou Finder Studios, ces annonceurs rapportent ainsi deux fois plus que les reversements de YouTube.

Une pratique défendue par les Youtubeurs: "Les internautes se doutent bien que l'annonceur a versé de l'argent, le soulignent dans les commentaires, et de toutes façons, ils préfèrent largement un modèle gratuit financé par la publicité à un modèle payant".

Mais la pratique est de plus en plus décriée. La direction de la consommation (DGCCRF) a indiqué au Monde "étudier" la question. Face à cela, les principaux MCN français projettent d'indiquer qu'un annonceur a payé pour que son produit apparaisse, en apposant sur la vidéo un logo P comme cela se fait déjà en télévision. 

Interrogé, YouTube a répondu "travailler en permanence avec les créateurs pour développer de nouveaux contenus sur YouTube", mais ne pas vouloir détailler ses relations avec les Youtubeurs.

Jamal Henni