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LVMH s'est défendu pied à pied face à l'AMF

La défense de la maison-mère de Louis Vuitton devant le collège de l'AMF n'a pas convaincu, ce vendredi 31 mai.

La défense de la maison-mère de Louis Vuitton devant le collège de l'AMF n'a pas convaincu, ce vendredi 31 mai. - -

La bonne foi du numéro un mondial du luxe dans le cadre de sa montée surprise au capital d'Hermès est mise en doute par l'AMF. Mais pour chaque accusation du gendarme boursier, LVMH a une explication…

Peine maximale requise contre LVMH. Le collège de l'AMF, qui auditionnait ce vendredi 31 mai les représentants du numéro un mondial du luxe sur les conditions de sa montée au capital d'Hermès, a réclamé 10 millions d'euros contre le groupe, l'amende la plus forte qu'il pouvait réclamer. L'AMF rendra sa décision définitive avant l'été.

La défense du numéro un mondial du luxe, qui n'exclut pas de vendre ses parts du sellier, n'a visiblement pas convaincu. Sa délégation a bien tenté de faire annuler la procédure dès le matin, évoquant une "instruction à charge", une "mascarade", mais le gendarme de la bourse a décidé de continuer l'audience. Les avocats de LVMH ont donc dû se résoudre à livrer des explications sur le fond de l'affaire.

> L'accusation: LVMH a délivré une information inexacte et non-sincère aux marchés

Pour les enquêteurs de l'AMF, le groupe de Bernard Arnault a sciemment utilisé des produits financiers complexes pour monter au capital d'Hermès, ce qui lui permettait de monter en douce au capital, sans avoir à déclarer les franchissements de seuils de 5, puis 10%, comme la loi l'y obligeait.

> La défense: Pas d'obligation légale de fournir ces informations

"Nous n'avons pas parlé d'Equity linked swaps (ELS) Hermès [lesdits produits financiers], parce que nous n'étions pas tenu de le faire", explique la défense du groupe de Bernard Arnault.

"Nous assumons de ne pas avoir déclaré notre participation de 4,9%, acquise en 2000-2001 dans Hermès. Nous avions le droit de ne rien déclarer puisque nous restions sous les 5%", explique le groupe, qui ajoute qu'à cette époque, "nous n'avions pas l'intention d'aller plus loin que ces 4,9%".

Ce n'est qu'en octobre 2010, quand le groupe a décidé d'engranger des titres d'Hermès au lieu des plus-values en cash des ELS, qu'il s'est rendu compte qu'il détenait 14,21% d'Hermès. Soit deux jours avant de l'annoncer officiellement.

> L'accusation: une volonté d'influence souterraine

Pour l'AMF, la manière déguisée de la maison-mère de Louis Vuitton de s'introduire dans le capital d'Hermès était un moyen pour le groupe d'y exercer une influence significative.

> La défense: on ne peut pas exercer d'influence dans une société en commandite

"Tout le monde sait très bien que nous ne pouvons pas exercer d'influence au sein de Hermès qui est un groupe contrôlé par les héritiers familiaux, assure la délégation de LVMH. On est même entrés dans Hermès avec la certitude de ne pas y exercer d'influence".

> L'accusation: LVMH avait préparé son coup

L'autorité estime que LVMH avait scrupuleusement planifié cette montée au capital depuis une dizaine d'années. Dès le passage de relais de l'emblématique patron Jean-Louis Dumas, atteint de maladie, les têtes pensantes du groupe auraient commencé à mettre au point le complot, mandatant des banques et des cabinets d'avocats pour leur proposer des scénarios de prise de contrôle.

> La défense: aucune planification, mais un concours de circonstances

Le groupe admet que les banques Lazard et Rotschild leur ont effectivement présenté des scénarios sur Hermès en 2006-2007. Mais "c'était leur initiative, c'est une démarche de marketing classique que de présenter des 'pitchs'. LVMH n'a jamais donné de mandat à une banque, pas plus à Rothschild qu'à Lazard ou une autre, d'étudier une prise de contrôle de Hermès".

Nina Godart et avec agences