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Les Bordeaux vont être protégés en Chine

Les Chinois produisent des vins en copiant des noms de grands crus de Bordeaux

Les Chinois produisent des vins en copiant des noms de grands crus de Bordeaux - -

La Chine vient de lancer la procédure de protection de l'appellation "Bordeaux" sur son territoire. Une démarche qui acte un changement d'attitude de Pékin.

La guerre est loin d'être gagnée, mais une bataille vient d'être remportée par les défenseurs des vins de Bordeaux contre la contrefaçon de grands crus. La Chine a lancé une procédure de reconnaissance de l'indication géographique "Bordeaux".

Bien moins facilement détectable que les copies de sac ou de vêtement, la contrefaçon de grands crus est un fléau d'ampleur, en particulier pour ceux du Bordelais. Cette reconnaissance doit permettre, à terme, de garantir la qualité des produits pour les consommateurs chinois, parfois exposés à de fausses étiquettes.

Leur nombre est "incalculable", explique Laurent Ponsot. Producteur, du Domaine Ponsot, il est devenu le spécialiste de la lutte contre la contrefaçon de vin dans le monde, après en avoir été victime aux Etats-Unis il y a cinq ans, et avoir réussi à faire arrêter le faussaire.

En ce qui concerne le Bourgogne, "80% des vins datant de plus de trente ans vendus aux enchères sont des faux", assène le vigneron. Tout simplement parce que "les vieilles bouteilles, antérieures à 1980, n'existent plus". Laurent Ponsot raconte ainsi qu'il s'est vendu trois fois plus de Pétrus 1982 que le nombre de bouteilles de ce millésime jamais produit.

Un choc des cultures

En Chine, explique-t-il, "il n'y a pas de problème de fausses bouteilles, mais plutôt de production locale qui utilisent le même nom, ou un nom très proche de grands crus classés français. "J'ai vu des vins chinois étiquetés Haut-Biron, au lieu d'Haut-Brion", du nom du plus réputés des Graves.

Christophe Château, du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) indique recevoir "trois à quatre plaintes par mois de producteurs bordelais pour des questions d'usurpation de marque". Particulièrement en Chine, leur plus vaste marché à l'export avec 80 millions de bouteilles de Bordeaux vendues chaque année.

La procédure lancée par la Chine n'est qu'une étape sur le chemin de la protection de l'appellation géographique "Bordeaux", qui n'est pas encore acquise. Et même lorsqu'elle sera effective, ce n'est qu'une des dix mesures défendues par le CIVB pour protéger les bouteilles de marque à forte notoriété.

Pour autant, Christophe Château se félicite de l'avancée avec un pays qui, il y a dix ans encore, "n'envisageait même pas la contrefaçon comme un problème". C'est culturel: "pour les Chinois, la copie est flatteuse pour le copié, et formatrice pour le copiant. D'ailleurs les termes 'copier' et 'apprendre' sont traduit en langue chinoise par le même idéogramme", explique le spécialiste.

Nina Godart