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Le champion du marché de l'art en 2017 est un ancien graffeur

Jean-Michel Basquiat a fait son entrée dans le club très fermé des artistes contemporains dont les oeuvres dépassent les 100 millions aux enchères.

Jean-Michel Basquiat a fait son entrée dans le club très fermé des artistes contemporains dont les oeuvres dépassent les 100 millions aux enchères. - Justin Tallis - AFP

Le spécialiste du marché de l'art, Artprice, a publié ce vendredi ses données sur les ventes aux enchères d'œuvres au premier semestre 2017. Les plus grosses adjudications ont concernées des toiles de l'artiste Jean-Michel Basquiat.

La nouvelle ère dans le marché de l'art, entamé au début des années 2000, n'a sans doute jamais été aussi visible que dans le rapport semestriel d'ArtPrice, le spécialiste du secteur, pour les 6 premiers mois de 2017. "Il y a un intérêt croissant pour l'art d'après-guerre et l'art contemporain" qui constituent aujourd'hui 21% et 15% du produit de ventes mondial (contre 8% et 3% en 2000), pointe Thierry Ehrmann, président-fondateur d'ArtPrice.

"Confronté à la raréfaction de l'art ancien, l'art contemporain, seul secteur à afficher des prix en croissance depuis deux ans, devient un marqueur économique, appelé à croître de manière exponentielle", estime-t-il.

Signe de cette "nouvelle ère", le triomphe de Jean-Michel Basquiat, dont "Untitled" s'est vendu le 18 mai 110,5 millions de dollars à New York, soit 5.800 fois son prix d'achat de 9.000 dollars en 1984. Trente-trois ans plus tard, il se classe loin devant les quatre autres meilleures transactions de l'année - Klimt, Brancusi, Twombly, Bacon - entre 59 et 51 millions de dollars.

Septième artiste contemporain du club des 100 millions

Seul artiste né après la Seconde Guerre mondiale à avoir franchi la barre des 100 millions, l'ancien grapheur du Bronx est aussi le premier à rejoindre le club très fermé des six créateurs du XXe siècle ayant dépassé ce seuil aux enchères: Picasso, Modigliani, Bacon, Giacometti, Munch et Warhol. Des artistes tous nés avant la Seconde Guerre mondiale, pourtant très recherchés par les nouveaux musées en mal de collections.

Autre enseignement du rapport ArtPrice: les États-Unis et la Chine n'ont jamais été aussi proches en termes de volume de ventes au premier semestre 2017. Quelque 2,239 milliards de dollars pour les États-Unis, 1,999 milliard pour la Chine: les deux rivaux se tiennent dans un mouchoir de poche avec respectivement 32,4% et 29% de parts de marché, indique le leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l'art.

La reprise touche également la France

"Jamais les deux bilans n'ont été aussi proches, tant en termes de volume de transactions que de chiffre d'affaires", souligne le document réalisé par Artprice en collaboration avec son partenaire institutionnel chinois Artron. Peinture, sculpture, dessin, photographie, estampe, installation: 38.000 lots "Fine Art" ont ainsi été vendus en six mois aux États-Unis contre 37.900 lots en Chine, qui perd sa place de leader mondial acquise en 2016.

Ce coude à coude se joue dans un marché mondial en hausse de 5,3% par rapport au premier semestre 2016. Après deux années consécutives de ralentissement, la reprise touche également la Grande-Bretagne et la France, dont les chiffres d'affaires au premier semestre 2017 ont progressé de 13% (à 1,5 milliard de dollars) et 7% (à 326 millions de dollars).

La Chine finira en tête

Diminution des ventes de 12% en Chine, progression de 28% aux États-Unis: les deux côtés du Pacifique ont connu une évolution diamétralement opposée. Mais "le second semestre chinois est structurellement plus fort que le second semestre américain", note Thierry Ehrmann, qui juge "vraisemblable que la Chine soit sur la plus haute marche du podium" à la fin de l'année.

Considéré un temps comme le mauvais élève, le marché chinois connaît à son tour une période de restructuration, avec une "diminution du nombre de lots vendus" (- 16%), mais "pas par une éventuelle déstabilisation du prix des œuvres", estime Artprice. Autre signe positif: la baisse du taux d'invendus (54% au lieu de 70% en 2016). Les États-Unis, de leur côté, profitent pleinement de la concentration à New York du marché haut de gamme qui "permet de mettre en concurrence les plus grands collectionneurs de la planète".

N.G. avec AFP