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McDonald's accusé de spolier les graffeurs

L'intérieur d'un McDo en France qui ressemble étrangement à la façade d'un immeuble de Brooklyn taggé par NORM.

L'intérieur d'un McDo en France qui ressemble étrangement à la façade d'un immeuble de Brooklyn taggé par NORM. - McDonalds

Des street-artists et leurs ayants droit attaquent en justice la chaîne de burgers. La nouvelle décoration de ses restaurants européens reproduit leurs graffitis sans que la firme ne leur ait demandé leur avis.

La nouvelle décoration des McDo européens ne plaît pas à tout le monde. Avec cette ambiance "street style" et certains murs couverts de graffitis, la chaîne de fast-food comptait "rappeler aux gens que McDonald's est une marque de la rue", commente l'ex-directeur de la stratégie du groupe en Europe dans le Wall Street Journal. Problème: certains graffeurs dont le style a très clairement inspiré les décorateurs de McDo, parlent de violation de propriété intellectuelle.

A priori, qui dit art urbain dit gratuité. Sauf que le graffiti, longtemps resté hors du marché de l'art, en est une composante importante aujourd'hui. Des musées du street-art et des expositions en pagaille, des street-artists qui deviennent des stars au même titre que Damien Hirst ou Jeff Koons. Certaines de leurs œuvres, comme celles du plus connu d'entre eux Banksy, atteignent des cotes vertigineuses. Du coup, les graffeurs sont passés du statut de petits délinquants à artistes sollicités par les municipalités pour enjoliver leurs rues. Un changement de tendance qui rend certains d'entre eux plus sensibles aux questions de droits d'auteurs, souligne le WSJ.

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- © Jade Berreau VS McDO

Ainsi la petite amie d'un célèbre graffeur décédé, Dash Snow, a porté plainte contre McDo. En cause: la reproduction dans plusieurs restaurants de son "blase", sa signature: "SACE" (photo ci-dessus : à gauche, le restaurant, à droite, le tag de Dash Snow). Jade Berreau, héritière du défunt et mère de son enfant, y voit une atteinte à l'image de l'artiste et à sa cote: ses œuvres se vendent actuellement plusieurs centaines de milliers de dollars.

"Rien n'est plus contraire à la "street credibility" que l'association avec les entreprises consuméristes, dont McDonald's et son marketing sont la quintessence", dit la plainte déposée auprès de la cour fédérale de Los Angeles. La plaignante réclame le retrait pur et simple des œuvres spoliées. L'affaire n'a pas encore été jugée.

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- © Eric Rosenbaum - McDonalds

De son côté, le tatoueur et graffeur américain NORM a également attaqué le mastodonte du burger en justice. Photo à l'appui, il accuse McDo d'avoir reproduit quasiment à l'identique une de ses œuvres: "N-O-R-M Fire escape on Bartlett", taggé sur les fenêtres d'un immeuble abandonné de Brooklyn à New York (photos ci-dessus). Et de s'être beaucoup inspiré de certaines autres.

Norm dit n'avoir rien contre la commercialisation de son travail. Il a d'ailleurs déjà collaboré avec Coca-Cola. Mais en étant rémunéré. Alors que là, McDo a utilisé son travail sans son autorisation, ce qui, assure-t-il, lui aurait fait perdre plusieurs contrats dont des licences à 6 chiffres. Un accord pourrait toutefois avoir été trouvé: le jeune homme, qui avait déposé plainte en mars, l'a néanmoins retirée en mai.

Nina Godart