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Et si Canal+ cessait d'être diffusée sur la TNT?

Le CSA a lancé, le 28 février, un appel à candidatures pour l’attribution de la fréquence de la chaîne, dont l’autorisation arrive à échéance à la fin de l’année.

Le jeu n'en vaut peut-être plus la chandelle pour Canal+. Avec le développement des box et du satellite, le nombre de ses abonnés via la TNT est en chute libre depuis plusieurs années: ils étaient 1 million en 2011 et ne sont plus que 400.000 aujourd’hui, soit moins de 10% du parc d’abonnés. En cas d’arrêt de la diffusion TNT, un certain nombre d’entre eux auront, en outre, la possibilité de basculer sur un autre mode de réception. 

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20 millions d'euros par an, le prix du maintien

Or, le maintien d’une fréquence TNT n'est pas sans contraintes pour la chaîne. Déjà, elle a un coût de près 20 millions d'euros par an pour Canal+ et ses deux déclinaisons Canal+ Cinéma et Canal+ Sport. Ensuite, elle implique des obligations d'investissement dans le cinéma et l'audiovisuel français (en particulier 12,5% du CA dans le cinéma européen, dont 9,5% dans le cinéma français).

Uniquement diffusée sur le satellite, les box et internet, Canal+ aurait les mains plus libres pour négocier avec la filière. La chaîne conserverait des obligations pour pouvoir continuer de diffuser des films en exclusivité, mais, sans fréquence TNT, le cadre juridique serait plus souple. Bref, Canal+ pourrait dépenser sont argent plus librement.

Ensuite, l'abandon de la TNT rendrait possible la vente de Canal+ à un acteur étranger. En effet, la loi interdit qu’un groupe non européen possède plus de 20% du capital d’une chaîne de télévision diffusée sur la TNT. 

Or le géant américain Comcast, qui a déjà racheté Sky, poids lourd de la télévision payante en Europe, serait intéressé par le marché français.

Comcast guette le marché français

"Si nous avions l’option d’entrer à grande échelle sur le marché français, ça serait génial", a ainsi déclaré une source proche du groupe américain au Sunday Telegraph. 

"Cela souligne la valeur potentielle de Canal+ (…) que nous voyons comme une cible de premier plan", a commenté par la suite une analyste de Deutsche Bank dans une note.

Ces hypothèses inquiètent en tout cas déjà le cinéma français. "Il est impensable qu’un fleuron de l'audiovisuel français tombe entre les mains d'acteurs non européens. Il en va de la souveraineté culturelle française", a prévenu Pierre Jolivet, président de l’Association des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP), dans un entretien au Figaro. Ce dernier plaide même pour un rapprochement entre Orange et Canal+, afin de "prouver que la France a une véritable politique de souveraineté culturelle".

De son côté, Canal+ laisse planer le doute et fait monter la pression. La question de la candidature à une fréquence TNT "se pose" a affirmé Maxime Saada, président du directoire de la chaîne à Stratégies, avant de citer "les obligations qui nous assomment" et "la fiscalité qui n’a cessé de se durcir en France".

Candidature "sous conditions"

Canal+ s’était pourtant engagé en 2018 à candidater pour sa conserver sa fréquence au moment du renouvellement de son accord avec la filière cinéma, mais "on considère que le deal est rompu", ajoute Maxime Saada dans cette interview, pointant notamment la fin des jours interdits de cinéma à la télévision, prévu dans la loi audiovisuelle actuellement débattu à l’Assemblée nationale.

Maxime Saada évoque donc l’idée d’une candidature "sous conditions" : la chaîne pourrait accepter de garder sa fréquence TNT mais en échange d'un allègement de ses obligations. On y verra plus clair à partir du 14 avril, date limite du dépôt au CSA des candidatures à la fréquence de Canal+, qui expire le 5 décembre 2020.

Simon Tenenbaum