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Comment beIN Sports peut devenir rentable

BeIN Sports vient de franchir le cap des 3 millions d'abonnés.

BeIN Sports vient de franchir le cap des 3 millions d'abonnés. - Kenzo Tribouillard - AFP

Même si elle devrait encore accuser de lourdes pertes cette année, la chaîne sportive se rapproche de son point d'équilibre.

En franchissant le cap des 3 millions d’abonnés, beIN Sports a frappé un grand coup. Lancée en 2012, la chaîne qatarie ne cesse en effet de recruter de nouveaux fidèles, portée par une offre de plus en plus large et par des événements tels que l’Euro ou la Coupe du monde. 

Malgré tout, sa stratégie et son modèle économique peinent à convaincre. Car de lourds investissements ont été nécessaires pour se faire une place dans le cœur (et dans le budget) des amateurs de sport.

Les recettes augmentent...

En se basant sur une moyenne de 3 millions d’abonnés sur l’année, et sur une moyenne de 13 euros par abonnement (prix minimum), les recettes devraient atteindre environ 300 millions d’euros, selon nos calculs (beIN Sports touche environ 70% du prix de vente).

À cela, il convient d’ajouter les revenus issus de la publicité, de la revente de droits à l’étranger, ou encore des abonnements sur internet (beIN Connect). Au total, on peut estimer que 370 millions d’euros devraient rentrer dans les caisses cette année.

...les dépenses aussi

Cependant, si les recettes augmentent, les dépenses suivent la même tendance. La faute notamment à l’acquisition de nouveaux droits, tels que ceux de l’Euro 2016 (45 millions d’euros*).

Au fil des années, beIN Sports a largement étoffé son offre, misant beaucoup sur le football: elle diffuse ainsi une partie de la Ligue 1, la Ligue 2, les championnats allemand, italien et espagnol, ainsi que la majorité de la Ligue des champions et de l’Europa League. Mais aussi des droits d’autres sports tels que la NBA, la Coupe d’Europe de rugby, des tournois de tennis (dont Wimbledon), ou le championnat de France de handball. Ce qui coûtera à la chaîne, selon les calculs de Morgan Stanley, environ 470 millions en 2016.

À cela s’additionnent d’autres postes de dépenses (marketing, coûts techniques et de production, frais de personnel, taxes, recrutement d’abonnés), qu’on peut estimer à 110 millions par an. Au total, les pertes devraient donc s’élever à un peu plus de 200 millions en 2016.

Un "point mort" à 4 millions d'abonnés

Comment, dans ce cas, redresser la barre? En recrutant encore plus d’abonnés, d’autant que le point d’équilibre ne semble plus être un horizon si lointain. Selon un bon connaisseur du dossier, il suffirait que ces derniers soient au nombre de 4 millions (un million d’abonnés de plus signifieraient en effet 110 millions d’euros de recettes supplémentaires). Ce qui collerait aux déclarations de Charles Bietry, sur LCI en 2012, pour qui il n’était "pas stupide" d’évoquer ce chiffre.

Une stratégie qui devrait cependant se poursuivre en maintenant un rythme de dépenses similaire (un peu plus de 500 millions par an) et en développant certaines activités (dont beIN Connect et la revente de droits à l’étranger).

Les promotions couplées, proposées actuellement avec Canal Plus (différentes de l’alliance retoquée par l’Autorité de la concurrence) pourraient y participer, de même qu’une éventuelle hausse des souscriptions à l’étranger, en particulier en Afrique du nord.

Contactée, beIN Sports n'a pas souhaité faire de commentaire. 

*beIN Sports a acquis l’intégralité des droits pour 110 millions d’euros, avant de revendre certains matchs à TF1 (40 millions) et M6 (25 millions).