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Carlos Ghosn : pourquoi ce n’est pas qu’une simple affaire de fraude fiscale

Un rachat de RENAULT serait à la portée financière de Nissan

Un rachat de RENAULT serait à la portée financière de Nissan - Toshifumi KITAMURA / AFP

L’héritage culturel du Japon et les tentations de repli de certaines élites nippones apportent un nouvel éclairage sur l’affaire qui secoue l’industrie automobile.

L’interpellation de Carlos Ghosn, le président de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, et la conférence de presse de Hiroto Saikawa, son bras droit chez Nissan, visant à l’accabler ont dans un premier temps sidéré les observateurs. Puis, très vite, nous avons eu droit à des commentaires à charge contre Carlos Ghosn, mélange de haine envieuse et d’accusations péremptoires approximatives voire infondées.

Une des caractéristiques de ces commentaires est qu’ils semblent ignorer que le Japon est un pays démocratique, un Etat de droit où la loi ne se confond pas avec la loi de Lynch. Avant donc d’en savoir plus et tandis que la justice fait son travail, qu’il nous soit permis de faire trois remarques sur cette affaire :

Ma première est le rôle ambigu de l’Etat français. Actionnaire a priori parmi d’autres de Renault, il est immédiatement monté au créneau pour s’interroger sur ce qui se passe à Tokyo. Si cette attitude est compréhensible, elle manifeste cependant une confusion entre le droit et la politique, confusion créée par le maintien de l’Etat dans le capital de Renault.

L’opposition de certains milieux d’affaires japonais à la présence de Renault dans le capital de Nissan se nourrit d’une interrogation sur les raisons qui font qu’une entreprise japonaise a été indirectement nationalisée, mais, de façon paradoxale, non par l’Etat nippon, mais par l’Etat français.

Tentation de repli

La deuxième est une forme d’incompréhension en France, qui a nourri probablement bien des ressentiments dans le management de l’Alliance Renault-Nissan, des enjeux de la société japonaise. En 1868, il y a 150 ans, le Japon a rompu avec sa politique d’autarcie économique et d’isolement politique pour faire le choix d’une forte implication dans le jeu de la concurrence mondiale.

Devenu par ce choix une puissance moderne, une économie parmi les plus innovantes, le principal détenteur de l’épargne mondiale, le Japon, qui est en outre le lieu d’une production culturelle parmi les plus brillantes de la planète, se sent ignoré et mal considéré. Face à la montée en puissance de la Chine, rivale historique dont tout le monde devrait se souvenir qu’elle n’est pas démocratique, et au vieillissement de sa population, le Japon se cherche et débat abondamment sur le choix de 1868 si bien qu’une partie de ses élites cède à la tentation du repli. L’hommage rendu par Hiroto Saikawa à la direction de Nissan d’avant l’arrivée des Français, alors même qu’elle avait conduit l’entreprise au bord de la faillite est révélateur.

Comme un air de protectionnisme 

La troisième est qu’en cette période où le protectionnisme avance masqué en se déclarant patriote, les outils protectionnistes changent. Aux droits de douane à l’ancienne, souvent inopérants du fait des changes flottants se substituent des formes plus sournoises de protectionnisme. Patrie par excellence de la chicane, les Etats-Unis ont mis en place un système de protectionnisme judiciaire dont BNP Paribas a fait récemment les frais et qui nous empêche de commercer avec l’Iran.

Le Japon en a compris le ressort, si bien que l’affaire Ghosn peut être une illustration de la mobilisation de l’appareil judiciaire à des fins protectionnistes. Ceci pour dire que ce qui se joue à Tokyo en ce moment n’est pas une simple affaire de fraude fiscale supposée.