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Le trading va-t-il devenir un service bancaire de base?

Cours de Bourse sur une application de trading

Cours de Bourse sur une application de trading - Mark Finn sous licence Unsplash

[AVIS D'EXPERT] La pandémie a provoqué l'arrivée massive de nouveaux boursicoteurs. Mais ce ne sont pas forcément les banques qui en profitent. Décryptage avec notre expert Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor.

Il y a quelques-mois, Lydia, la fintech française qui s’est d’abord fait connaître par son service de paiement entre personnes, a lancé une solution de trading. Cela participe de l’élargissement de son offre: une carte de paiement, un compte courant, de l’épargne et du crédit et, maintenant, la possibilité d’investir dans des actions, des cryptos ou des métaux précieux. Ceci dès 1 €, sans avoir ni à télécharger d’application particulière, ni à ouvrir un compte titre, pour le prix d’une commission avantageuse.

Lydia démocratise ainsi le trading et, en France, une telle offre reste assez singulière (essentiellement challengée par d’autres fintechs). D’autres exemples sont cependant apparus ailleurs, comme aux Etats-Unis avec Citi Self Invest. Et la question est de savoir si cette approche n’est pas promise à se généraliser, le trading devenant une offre bancaire de base, associée à la disposition d’un compte courant. Cela ne ferait jamais que répondre au fait que le trading est en train de devenir une activité de plus en plus courante, surtout chez les plus jeunes.

Arrivée massive de nouveaux investisseurs

Le tournant a eu lieu avec la crise sanitaire. Particulièrement aux Etats-Unis où, lors des confinements, beaucoup de nouveaux investisseurs sont apparus en Bourse, souvent très jeunes et beaucoup dépensant ainsi le chèque à la relance distribué par le Gouvernement à 70 millions d’Américains. On les a nommés les "Robinhood", du nom de la plateforme en ligne, créée en 2013, qui la première a démocratisé le trading, en le rendant aussi simple que possible et gratuit.

Robinhood a attiré ainsi en Bourse des investisseurs sans aucune expérience, sans connaissances et dont beaucoup sont vite tombés entre les mains de francs manipulateurs s’autoproclamant experts des marchés sur les réseaux sociaux. La SEC, le gendarme boursier américain, a fini par se pencher sur le phénomène et la presse a largement relayé le suicide d’un jeune spéculateur se croyant faussement en dette d’un million de dollars à la suite d'un trading d’options qu’il comprenait mal.

Malgré tout, du fait de son succès, Robinhood a, sinon imposé partout la gratuité du trading, au moins obligé les établissements historiques aux Etats-Unis à baisser sérieusement leurs tarifs. Toutefois, cette question de la gratuité n’est pas essentielle. Dans beaucoup de pays, une vraie demande est née et de nouveaux comportements sont apparus. En France, en 2020, 400.000 personnes ont acheté des actions pour la première fois ou pour la première fois depuis de nombreuses années. Au total, les achats d’actions par les particuliers ont été multipliés par quatre.

Très vite, quelques établissements, constatant cette tendance, se sont attachés à l’aider à trouver plus de sens: Merrill, ainsi, en proposant de guider les choix d’investissement ou Belfius à travers une orientation de responsabilité sociale et environnementale. Mais la plupart des banques demeurent attentistes, pour ne pas dire tout à fait gênées.

Influence décisive des jeux en ligne

On a beaucoup reproché à Robinhood de ne pas assez faire de pédagogie financière auprès des investisseurs, souvent novices, qui utilisent ses services. Mais l’éducation financière que dispensent en général les établissements financiers - qui apprend à gérer bien sagement son argent et à se contenter de ce qu’on a - est justement ce que de plus en plus de gens, surtout les plus jeunes, ne veulent plus entendre!

Ils veulent être actifs, diversifier leurs sources d’information, tenter leur chance et, pour certains, affirmer de plus leurs convictions. Cela ressemble à un jeu mais il convient de ne pas s’y tromper, c’est en fait un style de vie. L’influence décisive des jeux en ligne, en revanche, se fait sentir dans le fait que la complexité ne rebute pas (les cryptos en profitent), dès lors que l’expérience est partagée au sein d’une communauté.

Au total, au cours de la crise sanitaire, un phénomène assez étrange est intervenu que l’on manque largement de voir encore: pour beaucoup, la finance a pu susciter une certaine jubilation. Il est donc difficile de continuer à formuler les vieux conseils pour agir en bon père de famille quand ses clients se demandent comment faire fortune en quelques clics. Cependant, des conseils avisés semblent plus que jamais nécessaires pour éviter à beaucoup de se faire plumer. Encore convient-il pour cela d’entrer dans le jeu. De développer des offres qui répondent à une nouvelle tendance: le conseil financier doit désormais inclure une dimension d’excitation. Vaste programme.

Par Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor