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Et si on faisait évoluer le fonctionnement des découverts bancaires?

Un distributeur automatique de billets

Un distributeur automatique de billets - PHILIPPE HUGUEN / AFP

[AVIS D'EXPERT] Les habitués du découvert permettent à l’activité de gestion de comptes des banques d’être rentable. Mais les pénalités appliquées ne sont-elles pas devenues anachroniques? Décryptage avec notre expert Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor.

L’auteur de ces lignes doit d’abord confesser qu’il vit souvent à découvert. Ceci, comme beaucoup d’autres, avec un peu de mauvaise conscience et sans avoir réalisé, pendant longtemps, à quel point il est un client précieux pour sa banque! Car, comme le montrait il y a un an une minutieuse étude, ce sont les habitués du découvert (les habituées plutôt, car en France les femmes le sont un peu plus fréquemment que les hommes) qui, payant des commissions et intérêts élevés, permettent pratiquement seuls à l’activité de gestion de comptes des banques d’être rentable.

Plus récemment, une étude publiée par le comparateur en ligne Panorabanques a livré ces chiffres très éclairants: en France, 79% des clients des banques disposent d’une autorisation de découvert, dont 72% de ceux qui ne sont jamais à découvert (54% des clients en 2021 ; 49% en 2020). Par ailleurs, parmi les 15% de clients qui ne disposent pas d’une autorisation de découvert, 9% le sont quand même (et 6% des clients des banques ne savent pas s’ils ont ou non l’autorisation de l’être!).

Ces chiffres indiquent clairement qu’une très large majorité de Français fondent la relation à leur banque sur l’assurance de pouvoir disposer d’une marge de sécurité financière au cas où. Et cela éclaire sans doute un certain nombre de comportements dont, particulièrement, la réticence à changer facilement de banque, faute de savoir si l’on y retrouvera les mêmes dispositions. Et puis, ce n’est pas si facile de changer d’établissement quand on est souvent à découvert. Quand on dépasse le montant de son autorisation, ce qui est le cas de 49% de ceux qui se retrouvent à découvert. Il n’est pas si facile non plus d’obtenir un crédit dans ces conditions – en France, Floa Bank est l’un des très rares établissements à en tenir compte.

Un découvert n’est pourtant rien d’autre qu’un crédit mais être à découvert est encore vu comme une faute. Presqu’un péché! C’est pourquoi on applique aux découverts les intérêts les plus élevés. Des taux allant de 7% à 15% et de 16% à 21% pour les montants non autorisés. Ce sont comme des pénalités. Est-ce que cela n’est pas, aujourd’hui, tout à fait anachronique?

Une brèche pour de nouveaux acteurs

Ainsi, alors que la disposition d’un volant de trésorerie représente l’une des demandes les plus fortes de leurs clients, les banques proposent, avec les découverts, un service souvent incertain (entre ligne de crédit et facilité de caisse, dont le statut juridique et les possibilités de suspension ne sont pas du tout les mêmes), onéreux car fondé sur une culpabilisation des comportements et, certes, très rentable pour les banques mais souvent mal vécu par leurs clients. Un service qui a pour seule alternative des lignes de crédit renouvelable généralement très chères également ou des outils de gestion de comptes pour apprendre à savoir mieux tenir ses finances!

Pourtant, 58% des Français ayant des enfants à charge et 51% des 18-34 ans – les jeunes actifs donc, les cibles prioritaires des banques - vivent fréquemment à découvert et n’ont souvent pas d’autre choix. Malgré cela, les nouveaux acteurs, banques en ligne et néo-banques, ne se sont pas particulièrement emparé du sujet. Au contraire! Certains ne le proposent même pas et ne proposent rien d’autre.

Cela n’est désormais plus le cas, cependant, dans d’autres pays, où de nouveaux acteurs s’engouffrent là comme dans une brèche, proposant l’absence de frais pour des découverts de petits montants ou de courte durée, ainsi que des solutions d’avances sur salaires et de crédits bon marché, très courts et faciles à mettre en place (y compris de manière quasi automatisée avec les outils de gestion de comptes).

Cela viendra forcément en France également car tout plaide pour faire évoluer une formule qui parait aujourd’hui d’un autre âge par son caractère normatif et quasiment moral et parce qu’elle profite un peu trop des situations de fragilité, quand face à des dépenses les clients n’ont pas tellement le choix. C’est peut-être le meilleur exemple de ce que signifie "réinventer la banque" aujourd’hui, plutôt que de miser uniquement sur une mise à jour technologique. Les banques seront donc obligées de suivre. Mais ce sera douloureux. Car ce sont elles les plus "accros" aux découverts.

Par Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor