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En Suisse, les très grosses coupures ont plus que jamais la cote

Alors que le billet de 500 euros disparaîtra l'an prochain, la Suisse a décidé d'éditer une nouvelle version de son billet de 1000 francs d'ici 2019. Contrairement au reste de l'Europe, l'usage des grosses coupures reste courant chez nos voisins pour payer ou mettre de l'argent de côté.

En Suisse, le billet de 1000 francs (921 euros) n'a pas mauvaise réputation. Le nombre de ces grosses coupures en circulation ne cesse même d'augmenter dans la confédération helvétique. À la fin mars 2017, plus de 47,2 millions de billets de 1000 francs étaient en circulation, précise le journal économique suisse Bilan, contre 45 millions au 31 décembre 2016, selon les statistiques de la banque nationale suisse.

Les billets de banque suisses en circulation correspondaient, au 31 décembre 2016, à près de 72 milliards de francs (66 milliards d'euros). Pour un pays de 8,3 millions d'habitants, le cash en circulation représente ainsi 8674 francs (7988 euros) par habitants! Les seules coupures de 1000 francs représentent 62,3% de la valeur totale des billets en circulation.

Et la banque nationale du pays n'a pas l'intention de sacrifier son plus gros billet. Comme ses cinq petits frères (10, 20, 50, 100 et 200 francs), il va avoir même faire l'objet d'un rajeunissement. La neuvième série de ce billet très prisé sera imprimée d'ici à 2019.

Alors qu'au nom de la lutte contre l'évasion fiscale et la fraude, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de cesser de fabriquer le billet de 500 euros fin 2018, l'appétit de la Suisse pour les espèces ne cesse d'étonner. 

D'autant qu'en dehors de la zone euro, il n'y a pas que les grosses coupures qui ne sont plus en odeur de sainteté auprès des États. La Suède envisage carrément de limiter considérablement l'utilisation des billets: "Nous mettons l'accent sur la lutte contre l'évasion fiscale et la fraude. L'usage limité de l'argent liquide dans notre pays facilite les choses" expliquait au quotidien Le Monde du 9 juin 2017, Magdalena Andersson, ministre suédoise des finances.

Rien de tel en Suisse, où les consommateurs ont encore aujourd'hui le droit de régler en toute légalité des achats importants en liquide.

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- © Banque Nationale Suisse

La nouvelle législation sur le blanchiment d’argent, entrée en vigueur au 1er janvier 2016, relève presque de la pantalonnade. Seuls les achats supérieurs à 100.000 francs (92.000 euros) en espèces requièrent que l’acheteur utilise un autre moyen de paiement que les billets de banque.

Mais pourquoi alors la Suisse affiche-t-elle une telle tolérance vis-à-vis des paiements en espèces, qui garantissent l'anonymat, y compris à ceux qui ne veulent pas que le fisc, la justice ou la police puissent tracer leurs achats? Pour la banque nationale suisse (BNS), la question ne se pose pas: "l'accroissement de la circulation des billets reflète en partie la croissance économique", insiste-t-elle, avant de rappeler "que la forte proportion de grosses coupures démontre qu’elles sont aussi largement utilisés comme réserve de valeur". Autrement dit, les Suisses seraient plus enclins que la moyenne à placer leurs économies dans un coffre-fort et préférer pour cela les grosse coupures qui prennent moins de place. Un réflexe, accentué par la conjoncture financière. 

Les taux d'intérêt bas doperaient la demande de billets

"La crise des marchés financiers et celle de la dette ont rendu la détention de numéraire encore plus attrayante" poursuit la BNS dans sa note sur la circulation des billets dans la confédération. Il faut en effet savoir qu'en Suisse, les banques n'hésitent pas à "taxer" les comptes courants créditeurs qui leur coûtent de l'argent, du fait des taux d'intérêts négatifs.

La nouvelle série de billets de banque a pour thème "La Suisse aux multiples facettes" expliquait l'institut d'émission helvète à l'occasion du lancement de son nouveau billet de 20 francs, le 17 mai dernier. Le culte de la discrétion et de la confidentialité liées au numéraire fait apparemment partie de ces facettes...

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco