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Quand la Suisse fait semblant de limiter le paiement en espèces

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A partir du 1er janvier, on ne pourra plus, sur le territoire helvétique, payer anonymement un achat supérieur à... 100.000 francs suisses. Pas de quoi changer les habitudes locales. Rien à voir avec la Suède, autre pays riche d'Europe, qui met le paquet pour en finir avec le cash.

100.000 francs suisses soit 93.000 euros, c'est la somme à partir de laquelle les commerçants suisses devront imposer un autre moyen de paiement que des billets de banques aux clients soucieux qui, jusqu'alors, pouvait préserver leur anonymat quelque soit le montant de leurs dépenses. La mesure entre en vigueur le 1er janvier 2016. Et, à vrai dire, elle laisse de la marge à tous les Suisses qui apprécient la discrétion des paiements en espèce. Même les montres de luxe qui font la réputation du pays atteignent rarement des prix aussi élevés.

De tous les pays occidentaux, la Suisse est, à dire vrai, celui qui se montre le plus tolérant avec ceux qui préfèrent payer en espèces. Rappelons qu’en France la loi oblige depuis septembre 2015 les commerçants à refuser les paiements en cash au-delà de 1.000 euros si l’acheteur est français. 

La Suisse et la Suède sont aux antipodes

Résultat, sur le territoire helvétique, le taux d’utilisation des cartes de paiement et de crédit est le plus bas de toute l’Europe occidentale. Il est trois fois moins élevé qu’en Suède. Le cash est tellement important en Suisse que la totalité des billets en circulation équivaut à 7.250 euros par habitant. Et les Suisses continuent à être de très gros utilisateurs du plus gros billet du monde: le billet de 1.000 francs (930 euros). A eux seuls, ils représentent en valeur plus de 60% des billets de banque du pays. Un billet très prisé par ceux qui préfèrent garder leur argent dans un coffre plutôt que sur leur compte bancaire.

On est très loin de l’un des autres pays riches d’Europe, la Suède, qui se bat pour faire disparaître les paiements en cash. Le gouvernement suédois finance même des campagnes de pub pour convaincre les citoyens. Exemple des slogans en vogue: "Il n’y a que ta grand-mère qui a encore besoin d’espèces" ou, plus culpabilisant, "le cash c’est le sang qui coule dans les veines du crime."

Cette pression du gouvernement suédois pour réduire les paiement en cash porte ses fruits. En 2009, il y avait 106 milliards de couronnes en circulation dans le pays. Six ans plus tard, ce chiffre a été réduit à 80 milliards de couronnes, soit l'équivalent de 840 euros par Suédois. 

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco