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Ces fintech qui s’attaquent aux délais de paiement

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La gestion de trésorerie est-elle devenue la « cash machine » des acteurs de la fintech ? Si l’on en croit le dernier rapport de l'Observatoire des délais de paiement, les TPE/PME françaises n’ont pas fini d’avoir besoin de leur expertise.

Elles se nomment Edebex, Clearnox ou encore Finexkap. Leurs noms ne vous disent peut-être pas grand-chose… Et pourtant, elles sont d’un grand secours aux petites et moyennes entreprises.

Elles ? Ce sont les fintech (ces startups qui utilisent la technologie pour repenser les services bancaires et financiers) qui aident les entreprises à mieux gérer leur trésorerie. Si elles ont choisi de leur adresser ce service, c’est bien parce que les TPE/PME peinent aujourd’hui à voir leurs factures honorées par leurs clients dans les temps.

Le dernier rapport annuel de l'Observatoire des délais de paiement en atteste. Il ressort qu’en 2018 le pourcentage des entreprises ayant payé leurs factures en temps voulu est passé de 44% à 41,8% et que les retards de paiement en France se révèlent stables avec un délai moyen de 11 jours l’an passé (comme en 2017).

En comparaison avec d’autres pays d’Europe à l’instar de l’Italie (où les délais de paiement peuvent parfois atteindre 180 jours !), cette stabilité peut être perçue comme un signal positif. De là à dire que ce délai ne dessert pas encore malgré tout les entreprises hexagonales au niveau de la gestion de leur trésorerie… Il y a un monde.

Les TPE/PME dans le viseur

Aujourd’hui en France, une entreprise meurt toutes les 33 minutes du fait de problèmes de trésorerie. Une problématique dont des acteurs de la fintech à l’instar de la société Edebex ont largement pris la mesure. Spécialisée dans la vente de factures en ligne à l’unité, elle se positionne comme une alternative à l’affacturage (cette solution de financement qui consiste pour une société à céder ses créances à un organisme financier en échange de quoi, l'organisme en question verse à l'entreprise une partie du montant des factures cédées).

Son cœur de cible : les TPE/PME qui utilisent justement Edebex pour pallier leurs problèmes de délais de paiement et recevoir en 3 jours en moyenne les sommes dues par leurs fournisseurs. Le problème tient au fait que, paradoxalement, ce sont ceux qui possèdent généralement la trésorerie la plus conséquente qui ont tendance à s’acquitter de leurs factures au dernier moment. A savoir : les grands-comptes.

Pour Xavier Corman, fondateur de la start-up Edebex, cela n’a rien de si étonnant : « Une faillite d’entreprise sur quatre concerne une société qui pourtant gagne de l’argent », souligne-t-il.

« En France, une entreprise doit parfois attendre 60 jours pour être payée. Il est vrai que certaines grandes sociétés ont tendance à prendre leur temps dès lors qu’il s’agit de s’acquitter de leur dû. C’est absurde parce que cela leur coûte de l’argent. S’il convient de ne pas se voiler la face et d’admettre que certaines grandes organisations font preuve d’un manque de volonté pour payer rapidement, il importe aussi de noter que, le plus souvent, c’est avant tout une question organisationnelle et de compartimentation des expertises, parfois délocalisées à l’étranger, qui leur prend du temps. Or pour les TPE/PME, cet argent en attente est de l’argent qui n’est pas utilisé pour réaliser des investissements ».

D’autres acteurs à l’instar de la société Clearnox donnent aux entreprises (en particulier aux TPE/PME) la possibilité d’optimiser le suivi, la relance ainsi que le paiement des factures de leurs clients. Finexkap, de son côté, s’emploie à proposer, entre autres, une solution de financement destinée aux petites et moyennes entreprises en leur permettant de céder une ou plusieurs factures pour leurs besoins ponctuels ou récurrents de trésorerie. Bref, le monde de la fintech se creuse les méninges pour répondre aux besoins des petites et moyennes organisations en matière de gestion de trésorerie.

Un business model efficace

Le plus souvent, ces acteurs se rémunèrent en prélevant un pourcentage sur le montant des factures vendues ou cédées. Dans le cas d’Edebex, « les frais de services sont de l’ordre de 2,75% en moyenne et débutent à 1,45% pour les plus gros montants et les clients fidèles », souligne Xavier Corman. En tant que directeur financier pour plusieurs entreprises, il a longtemps pu observer les répercussions des retards de paiement.

Bien que conscientes du marché dont elles se privent, les banques ont commencé, à leur tour, à s’intéresser au sujet. Quand Crédit Agricole lance une offre répondant au nom de « Cash In Time » qui ressemble à s’y méprendre à celles de Finexkap et d’Edebex, HSBC fait, elle, un pas de plus dans le digital avec « HSBC FACTORING France ». Un service qui propose des solutions d’affacturage qui permettent de financer des créances commerciales tout en prémunissant les entreprises du risque d’insolvabilité des acheteurs. 

Rachats de créances, spécialistes du recouvrement, services juridiques en ligne… Les entreprises multiplient les prestations et les initiatives pour conjurer le fait qu’aujourd’hui en France près d’un quart des petites et moyennes entreprises mettent la clé sous la porte en raison de retards de paiement.

Question d’éducation

Un filon que acteurs de la fintech auraient tort de ne pas exploiter (les PME souffrent de plus de 12 milliards d’euros de factures en retard), mais qui doit être suivi d’une véritable « prise de conscience », estime le fondateur d’Edebex. Les députés de l’Assemblée nationale ont décidé en septembre dernier, dans le cadre de la loi Pacte, d’adopter en commission à l’unanimité un amendement qui simplifie l’« affacturage inversé ». Un système qui permet aux PME de s’adresser aux banques pour se faire payer leurs factures. « C’est une bonne chose que de responsabiliser les entreprises au respect des délais de paiement. Le fait est qu’une bonne partie des retards en question est souvent liée à un manque de communication entre le fournisseur et le client », pointe Xavier Corman.

« Lorsqu’une facture est correcte, il est facile ensuite de réguler les choses. Il ne faut pas seulement se concentrer sur la régulation, il importe aussi d’éduquer les esprits. Ce à quoi la loi de modernisation de l'économie (LME) de 2008 a finalement participé en France en limitant les délais de paiement à 30 jours suivant la réception de marchandises ou d’une prestation de service (à 60 jours si le délai est mentionné sur la facture) ». L’autre bonne nouvelle, poursuit l’expert, c’est qu’aujourd’hui en France « de plus en plus de solutions apparaissent pour aider les entreprises à gérer leur trésorerie ». Certaines permettent d’optimiser cette gestion en amont, d’autres comme Edebex, fonctionnent sur un « modèle curatif ».

Couteau suisse

Enfin, certaines organisations s’emploient à fournir une aide aux TPE/PME dans l’accompagnement des impayés. Bien sûr, toutes les petites et moyennes entreprises ne sont pas confrontées à des retards de paiement. Elles sont nombreuses à être excédentaires, mais ne songent pas forcément à comment faire fructifier ce surplus de trésorerie.

Là encore, des solutions développées par des fintech existent. C’est le cas de FinAvenue qui propose aux entreprises de faire fructifier leurs excédents en les plaçant dans des fonds. Bref, à chaque besoin en matière de trésorerie, un service conçu par des startups qui repensent les services bancaires et financiers existe.

Reste à savoir si la multitude d’offres adressées aux TPE/PME permettra, d’ici peu, de véritablement faire baisser le nombre de faillites d’entreprises en France.

Julie COHEN-HEURTON