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Potiner au bureau est une activité d'utilité publique!

Les potins et ceux qui les rapportent sont généralement mal vus, en particulier au bureau. Pourtant nombre d'études montrent que l'échange de ragots entre collègues a une vraie fonction sociale et plein d'autres vertus.

"L’infâme commère", "l’odieux colporteur de ragots". Au bureau, il est de bon ton de dire qu’on déteste les cancans, et ceux qui les rapportent. Et pourtant, ils sont bourrés de vertus! De nombreux scientifiques se sont penchés sur la question. Unanimement, ils concluent que les potins font un bien fou aux collaborateurs et à l’entreprise.

Des chercheurs de l'université de Berkeley ont ainsi montré que potiner réduit le stress. Évoquer des rumeurs permet d’extérioriser vos peurs, vos doutes, votre colère. Lorsque vous êtes confrontés à une situation qui vous gêne, par exemple vous surprenez deux collègues en plein rapprochement dans un couloir, votre rythme cardiaque augmente. Mais raconter ce que vous avez vu va le faire baisser. En fait, partager le récit de cette situation qui vous a mis mal à l'aise revient à agir, donc à arrêter de subir ladite situation. Ce qui explique pourquoi les contextes incertains -un rachat, un déménagement, un plan social- favorisent les cancans.

La même fonction que l'épouillage chez les singes

En outre, partager nos infos remplit une fonction fédératrice. Pour des chercheurs de l'université d'Oxford, potiner est la version humaine de l’épouillage chez les singes. Rire en douce du look de Raymond provoque chez nous les mêmes effets que se fouiller le crâne chez les bonobos: on produit de l’endorphine, on se sent plus proches les uns des autres, et la confiance entre membres de l'équipe se renforce.

Sauf, vous dites-vous, pour celui qui est la cible des potins. Certes, mais qu'il se réjouisse. Il semble qu'être dénigré lui évite de se faire étrangler à la cafeteria. La psychologue allemande Christiane Gelitz a fait le test. Elle a confronté 300 personnes à une seule qui les provoquait. Grosso modo, les hommes ont réagi en lui tapant dessus, les femmes par de la médisance envers elle. Conclusion de la psychologue: le dénigrement semble constituer un excellent substitut à la violence physique.

Le manager, cible et maître de la rumeur

L'exercice est d'autant plus fédérateur pour l'équipe que la cible favorite des ragots, c’est le manager. Un peu comme dans les magazines, les scoops sur les plus grosses stars valent de l’or. Mais il peut en tirer profit. Dans “Orchestrer la rumeur”, Laurent Gaildraud explique qu'il peut alimenter lui-même radio-cancan à son profit. Pour faire passer un message, ou pour tester l’opinion sur des mesures qu’il juge risquées ou impopulaires.

Pour finir, petite mise au point. Les mots "commère" et "concierge" ont beau être féminins, il semblerait que les hommes soient davantage friands de potins que leurs consœurs. 55% de répondants masculins d'un sondage du Bristish Market Research admettaient s'adonner intensément aux commérages, contre seulement 46% des femmes. Leurs thèmes de prédilection : le physique des femmes qui les entourent, suivi des salaires des uns, et des promotions des autres.

Nina Godart