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Les start-up misent sur les délégués du personnel pour garder leurs talents

Les représentants du personnel, rarement syndiqués, aident le DRH à identifier les  sujets crispants et à communiquer.

Les représentants du personnel, rarement syndiqués, aident le DRH à identifier les sujets crispants et à communiquer. - Kaboompics- CC

Souvent exposées à une croissance rapide, les start-up ont parfois du mal à faire passer les messages clés auprès du personnel. Les représentants du personnel deviennent alors des interlocuteurs clés, notamment auprès de la génération Y si volatile. Témoignages.

Les unes parlent "code wifi", les autres "code du travail", mais contrairement aux idées reçues, les start-up ont de plus en plus recours aux représentants du personnel, qu'elles voient d'abord comme des vecteurs de communication pour préserver la paix sociale dans l'entreprise.

Au-delà de l'obligation légale, ils sont une "aide" précieuse pour "faire passer les messages" et favoriser un climat de travail propice à "attirer et conserver les talents", ont témoigné la semaine dernière à Paris des acteurs du secteur réunis au Numa, un "accélérateur de start-up" qui les aide à se développer.

Toute entreprise d'au moins 11 salariés doit élire ses délégués du personnel (DP) chargés de présenter à la direction les réclamations individuelles et collectives des salariés. Dans les entreprises de moins de 300 salariés, l'employeur peut mettre en place une délégation unique du personnel (DUP) regroupant DP, comité d'entreprise (CE) et comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Une option très répandue dans les start-up, selon les participants. Les instances représentatives du personnel (IRP), dont le gouvernement entend généraliser la fusion, sont "un vrai vecteur du dialogue social", explique Bérénice Mey, responsable RH qui les a structurées dans deux start-up à très forte croissance: Vestiaire collective, passée de 50 à 250 salariés en 4 ans, et Content Square (de 100 à 160 salariés en six mois).

Identifier les sujets qui crispent

Car la croissance exponentielle de ces entreprises a comme conséquences "une communication diluée, une multiplicité d'interlocuteurs et la difficulté de répondre à toutes les questions et de faire passer des messages clés", explique-t-elle. A fortiori dans des entreprises où l'organisation hiérarchique se veut "horizontale", à l'opposé des entreprises traditionnelles.

Les trentenaires de la génération Y, nombreux dans les start-up, ont besoin avant tout "de sens", de "transparence" et d'être "partie prenante aux décisions", et l'entreprise doit "fédérer" pour accélérer le développement, poursuit-elle.

Pour concilier les besoins des deux côtés, les représentants du personnel, rarement syndiqués, aident le DRH à identifier les "hot topics" (sujets crispants) et à communiquer. Ce sont "des partenaires idéaux, crédibles car élus", insiste Bérénice Mey, notamment lorsqu'il s'agit de "changement", générateur de "frictions", et qu'il faut "expliquer en permanence".

Retenir une population volatile

Les délégués du personnel sont d'autant plus importants dans les start-up que les salariés y forment "une population très volatile, qui, si elle ne se sent pas bien, n'hésite pas à partir et trouve du travail ailleurs", ajoute Silja Druo, ex-DRH de Captain Train, spécialiste du voyage ferroviaire racheté par son concurrent britannique Trainline. Lors de notre déménagement, raconte-t-elle, "le PDG avait décidé de mélanger les métiers et de mettre les bureaux face au mur; cela a été très mal pris, mais aussi le début du dialogue social: des réunions générales mensuelles pour expliquer les enjeux".

"Rapport de force", "négociation", "revendication", "droits": certains mots ne sont jamais prononcés comme s'ils étaient tabous. Au Bon coin, Alexandre Collinet, directeur général adjoint, préfère parler de "relation de confiance" plutôt que de "dialogue social", une notion qu'il juge "inadaptée au monde de l'entreprise". Le leader des sites d'annonces gratuites en France, qui existe depuis 11 ans et compte près de 600 salariés, dispose d'une vingtaine de représentants du personnel élus (CE, DP, CHSCT) après avoir d'abord fonctionné en DUP.

Faire passer des messages dans les deux sens

"La génération Y a vu ses parents se faire licencier parfois pour de bonnes raisons, parfois pour de mauvaises. La défiance a été instaurée et c'est de notre responsabilité de recréer un climat de confiance", dit-il. Pour lui, les représentants du personnel "aident surtout à faire passer des messages dans les deux sens".

Même sur la question de la charge de travail, Pierre Bouvier-Muller, délégué du personnel à Fircosoft, éditeur de logiciels pour la réglementation bancaire, dit dialoguer avec ses équipes "pour qu'elles contrôlent elles-mêmes leur temps de travail". Pour ce haut responsable de l'entreprise qui est aussi un des rares DP syndiqué (CFTC), la "quête de sens" reste la première motivation.

C.C. avec AFP