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Devenir délégué du personnel, bon plan ou sacerdoce?

Tous les 4 ans, les entreprises de plus de 11 salariés organisent les élections des délégués du personnel. Les élus bénéficient d'une protection particulière contre le licenciement, et ils ont droit à des jours de délégation. Mais les candidats ne se bousculent pas.

Quelles sont les conditions requises pour être délégué du personnel? Être âgé de plus de 18 ans, avoir un an d'ancienneté dans l'entreprise, ne pas avoir été déchu de fonctions syndicales. Autrement dit, la quasi-totalité des salariés peuvent se présenter. Pourtant, quand l'entreprise organise tous les 4 ans les élections des délégués du personnel, les candidats sont peu nombreux.

Il y a toujours un mauvais esprit qui pointe du doigt que cette déléguée du personnel depuis 16 ans ne se montre pas vraiment pugnace face à la direction quand il s'agit de défendre les droits des salariés. Et qui sous-entend qu'elle pose judicieusement les jours de délégation pour s'accorder des week-ends prolongés.

Les délégués du personnel ont en effet droit à quelques aménagements de leur temps de travail. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, ils ont droit à 10 heures de délégation par mois, et à 15 heures dans les entreprises plus grandes. Le DP ayant la responsabilité de la trésorerie voit son temps de délégation doublé. Un temps qui leur sert à préparer la fameuse réunion mensuelle avec la direction, et à recevoir les salariés qui rencontrent des difficultés dans leur travail.

Les délégués du personnel bénéficient d’une protection particulière contre le licenciement et, plus généralement, contre toute rupture ou modification de leur contrat de travail à l’initiative de l’employeur.

Une activité qui peut bloquer une carrière

Mais quand les élections se préparent, il est rare que les candidatures se bousculent pour représenter les collègues et se retrouver frontalement face à la direction.

Parce qu'avoir un mandat de délégué du personnel, c'est extrêmement chronophage. Quand vient le temps de négocier les dossiers lourds (les négociations sur les RTT, un plan social…) cela représente des heures et des heures de réunions. Cela demande aussi de se plonger dans le domaine juridique pour pouvoir défendre les droits des salariés. Le candidat ne s'engage pas à la légère: ses fonctions d'élu ne peuvent s’arrêter qu'en cas de décès ou de perte de droits civiques, ou encore en cas de révocation.

Pour couronner le tout, la tâche est ingrate: vos collègues n’ont aucune reconnaissance et votre direction vous prend pour un pinailleur. "Être représentant du personnel n’a pas pour finalité d’en retirer des avantages. Au contraire, cela peut être source d’inconvénients", explique un expert en management. Le plus courant: se retrouver bloqué dans l’évolution de sa carrière. 

En fait, c'est plutôt une question de passion, de volonté, une envie de s'investir dans l'humain et de mener des combats. Ce qui peut permettre de développer une certaine confiance en soi. "Après 4 ans de mandat, plus aucun dirigeant ne me fait peur. Je crois que je pourrais même affronter Bolloré", nous explique un représentant.

L.C avec C.C.