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La mode du bien-être au travail va-t-elle trop loin?

"En France, les entreprises copient les géants de la Silicon Valley et communiquent sur leurs mesures pour favoriser le bien-être au travail, et ainsi recruter les meilleurs talents. Une tendance sur laquelle surfent les candidats les plus sollicités. "

Le "chief happiness officer", vous connaissez? Sa mission consiste à organiser des soirées, des sorties, des événements extra-professionnels pour les salariés. À s'occuper de leur bonheur, en somme. En France, le nombre d’offres pour ce poste a explosé sur le site d’annonces Qapa, de 967% entre 2014 et 2016. Cette tendance à bichonner et à materner les employés était notoire dans la Silicon Valley. Le bon vieil Hexagone s’y met.

Pourquoi? Selon le spécialiste du recrutement Robert Half, pour la même raison que chez les géants américains de la high tech: à cause de la guerre des talents qui fait rage.

Des services de pressing et de conciergerie

Parce que si le taux de chômage est massif en France, les cadres, eux, sont préservés. Il ne dépasse pas les 4% les concernant, selon les chiffres de l'Insee. Un “haut potentiel” dans le digital, la finance, la comptabilité ou les systèmes d'information, lorsqu'il se met sur le marché de l'emploi, "se voit proposer au minimum 2 à 3 offres simultanément", explique Fabrice Coudray, le directeur de Robert Half France.

Ce qui va le faire pencher vers une proposition plus qu’une autre, c'est justement ce qui vient s'ajouter à l’intérêt du poste, à son salaire et à ses primes: la cerise sur le gâteau, voire même la pastèque sur le gâteau! Les candidats que rencontre le cabinet, depuis 4-5 ans, "posent des questions très précises sur ces petits plus", souligne Fabrice Coudray. Des questions sur l'aménagement des locaux, et même sur d'éventuels services de pressing et de conciergerie. 

Le danger de la surenchère

L’entreprise elle-même, lorsqu’elle mandate Robert Half pour un recrutement, prend beaucoup plus de temps pour évoquer sa politique concernant le bonheur au travail. Il faut dire que l'enjeu n'est pas seulement d'attirer les talents: "Dans un contexte de croissance molle, pour surperformer l'économie, elle se doit de surmotiver ses salariés", continue le directeur du cabinet de chasseurs de tête.

Avec un risque: la surenchère. Facebook, Google, Yahoo rivalisaient il y a quelques mois sur le congé maternité. À qui 6 mois, à qui un an, et même “tout le temps que vous souhaitez”. Puis ils sont passés au congé paternité. C’est tout le problème soulevé par Robert Half: “Les gens s’habituent au confort, même exceptionnel, et ils vont en vouloir toujours plus”, assure Fabrice Coudray. Avec le danger, à terme, de se retrouver “à court d’idées de gentillesse“. 

Nina Godart