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L'absentéisme ne cesse de progresser dans les entreprises françaises

Ces cinq dernières années, le taux d'absentéisme a progressé de 16%, selon une étude de Gras Savoye Willis Towers Watson. Le phénomène touche toutes les tranches d'âge, mais plus particulièrement celle des 30-49 ans. Stress, démotivation, poids de l'environnement familial sont les raisons avancées pour expliquer l'absentéisme.

Les salariés français se font de plus en plus souvent porter pâle au boulot. Selon le rapport Gras Savoye Willis Towers Watson (1), le taux d'absentéisme a progressé de 3,6% en 2018, pour s'établir à 3,75%. Et la dérive s'inscrit dans la durée, car depuis 2014 la progression de l'absentéisme s'établit à 16%.

Le phénomène s'explique d'une part par des arrêts maladie de plus en plus longs, leur durée moyenne a progressé de 8% en cinq ans. "La durée d’un arrêt est souvent associée à sa gravité, un allongement peut donc être le signe de difficultés plus lourdes pour les salariés, quelles qu’en soient les causes", explique Julien Remy, expert QVT et absentéisme chez Gras Savoye Willis Towers Watson.

Les conditions de travail mise en question

A cela s'ajoute un nombre de plus en plus important de salariés qui se voient prescrire des arrêts. Et les causes sont multiples. Les difficultés organisationnelles et la dégradation des conditions de travail sont en première ligne, car elles mènent alors à des journées à rallonge, à instaurer un stress permanent qui ont des répercussions directes sur la santé des salariés, au point de mener au burn out. Les difficultés relationnelles avec la hiérarchie sont aussi des causes évidentes de l'augmentation de l'absentéisme.

Cela explique probablement pourquoi la tranche des 30-49 ans est celle qui a vu le taux d'absentéisme le plus progresser (+18% pour les 30-39 ans et + 15% pour les 40-49 ans). Ces salariés étant en pleine force de l'âge, les raisons médicales ne peuvent expliquer cette hausse frappante. Autre illustration des répercussions de la pression subie par les salariés: le milieu médical et celui des transports et la logistique ont vu leur taux d'absentéisme progresser plus fortement que la moyenne nationale (respectivement 61% et 55%). Or ces deux secteurs sont bien connus pour leurs horaires à rallonge et de mauvaises conditions de travail.

Enfin, l'augmentation de l'absentéisme s'explique aussi par l'évolution de la population française. "Il y a un facteur qui joue beaucoup c'est le vieillissement de la population salariée. Les gens sont plus âgés et on sait qu'il y a évidemment plus de maladies. Et il y a aussi le fait que les gens plus âgés doivent s'occuper de leurs parents, ce sont des aidants le plus souvent maintenant", analyse Jean-François Amadieu, sociologue spécialiste des relations au travail sur BFMTV.

Il est en tout cas urgent que les entreprises tiennent compte de ces signaux forts, dont le coût est estimé par l'Institut Sapiens à 108 milliards d'euros par an pour le secteur privé et public. "Pour limiter l’absentéisme, chaque employeur doit déterminer quelles sont chez lui les catégories les plus exposées et quelles sont les causes possibles pour pouvoir en réduire les effets", préconise Julien Remy.

(1) Le rapport étudie les arrêts observés en 2018 dans 546 entreprises françaises, représentant 256 054 salariés en 2018. Il analyse les arrêts supérieurs à 3 jours après les 3 jours de carences. Les arrêts concernent aussi bien les maladies que les accidents du travail et les maladies professionnelles. En revanche les congés maternité et paternité sont exclus, tout comme les absences injustifiées et les congés spéciaux.

Coralie Cathelinais