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Comment aider un collègue traumatisé par les attentats

Après avoir subi un tel traumatisme, il est essentiel que les personnes reprennent une activité professionnelle, pour éviter le sentiment d'évitement.

Après avoir subi un tel traumatisme, il est essentiel que les personnes reprennent une activité professionnelle, pour éviter le sentiment d'évitement. - PubicDomainPictures- CC

Il n'est pas facile de trouver la bonne attitude à adopter avec une personne qui a subi un traumatisme psychologique et reprend le boulot. Faut-il alléger sa charge de travail? Lui demander comment elle se sent? Voici comment l'aider à reprendre pied.

Une vie ordinaire bouleversée par des événements extraordinaires. Pour les personnes qui se sont trouvées au milieu des actes de terrorisme qui ont frappé Paris et Saint-Denis le 13 novembre, rien ne sera plus comme avant. Peur, angoisse, troubles du sommeil, pertes de ses repères… ces victimes doivent faire face à différents symptômes qu'elles mettront plus ou moins de temps à surmonter.

Retrouver une vie normale n'est pas facile. Pourtant, il est essentiel de reprendre une activité professionnelle rapidement. "Enchaîner les arrêts maladie n'est pas une solution, puisque cela ne fait que renforcer l'évitement et ne les aide pas à se reconstruire", explique le psychiatre Gérard Lopez, président de l'institut de la victimologie.

Mais comment se comporter face à ce collègue qui est tout juste de retour au bureau? L'accueillir avec bienveillance est une évidence. Mais il faut surtout le traiter comme n'importe quel membre de l'équipe, et ne pas chercher à mettre en place un régime de faveur, car là aussi cela ne fera que renforcer son évitement. "Il faut absolument que cette personne soit reconnue pour ce qu'elle est et pas ce qu'elle a connu", met en garde Jean-Pierre Camard, créateur de Pros-consulte, une plateforme spécialisée dans l'écoute psychologique et les cellules de crise.

Un sentiment de culpabilité

Si ce collaborateur se montre demandeur, il faut naturellement lui prêter une oreille attentive. "Il faut lui dire que ce qu'il a vécu est quelque chose d'exceptionnel, et que s'il ne se sent pas bien, c'est tout à fait normal", conseille le psychiatre Gérard Lopez. Les victimes ont tendance à revivre en boucle l'événement traumatique, à être submergées par des images, des sons, des odeurs, ce qui les faits retomber dans un état de terreur. A cela s'ajoute souvent un fort sentiment de culpabilité d'avoir survécu quand d'autres personnes n'ont pas eu cette chance.

Face à un tel récit, il ne faut surtout pas chercher à minimiser ou à banaliser les choses. Il faut ainsi bannir les phrases telles que "Arrête de t'écouter", "Cela passera avec le temps", "Rassure toi, cela va passer", conseille Jean-Pierre Camard. Pour la personne qui est en état de traumatisme, ce genre de phrases ne peut que renforcer son sentiment de culpabilité car justement, elle sent bien que les choses ne s'arrangent pas.

Se montrer ouvert aux confidences

Le manager ou les proches collaborateurs peuvent aussi lui faire comprendre que s'il le souhaite, ils sont disposés à passer un peu de temps avec lui. Il ne faut pas hésiter à lui dire "Comment te sens-tu aujourd'hui?" ou bien "On est là de toutes façons, on peut t'entendre". Jean-Pierre Camard conseille même d'organiser une petite réunion au retour de ce collègue. "Il suffit de réunir pendant 20 ou 30 minutes les personnes les plus proches de lui au travail. Cela revient à créer un petit groupe de parole qui lui montrera qu'il est soutenu", recommande le créateur de Pros-consulte.

Attention, toutefois, si la personne se renferme sur elle-même ou au contraire ne fait que ressasser ses souvenirs au bout de plusieurs semaines. Déjà, l'ambiance au travail risque de s'en ressentir, et les bonnes volontés des premiers jours risquent de s'étioler et chercher alors à l'éviter. Mais le plus inquiétant, c'est que ce comportement indique qu'elle ne parvient pas à surmonter le traumatisme et qu'elle a besoin d'un accompagnement spécifique. Ce qui est le cas d'environ un tiers des personnes ayant affrontés de tels événements.

Et là, ce n'est pas se montrer trop intrusif que de lui demander si elle est prise en charge par un professionnel. "Beaucoup de gens se montrent réticents à l'idée d'aller voir un psychiatre, car ils se disent qu'ils vont être obligés de revivre ces épisodes traumatisants",reconnaît le psychiatre Gérard Lopez. Pourtant il est catégorique "Le seul moyen d'avancer est d'être confronté à ce que l'on redoute et de s'y habituer".

Coralie Cathelinais