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Vers un nouveau gel du salaire des fonctionnaires en 2014

Pour Bernard Cazeneuve, il faut "faire des efforts justes".

Pour Bernard Cazeneuve, il faut "faire des efforts justes". - -

Le gouvernement veut bloquer à nouveau en 2014 le point d'indice qui sert de base au calcul du salaire des fonctionnaires. « Une nouvelle baisse du pouvoir d’achat », estiment les syndicats, une mesure nécessaire pour « ne pas augmenter les impôts », répond la majorité.

Ce n’est pas cette année que les fonctionnaires vont pouvoir crier victoire. Les salaires des quelques 5,2 millions de agents de la fonction publique, bloqués depuis 2010, devraient de nouveau être gelés par le gouvernement en 2014. « Pour l'instant, dans la préparation du budget 2014, nous n'avons pas pris le choix de dégeler » le point d'indice qui sert de base au calcul des salaires des agents du public, a annoncé mardi la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu.

Une mesure «inacceptable» et «scandaleuse»

Selon la Cour des comptes, une hausse de 1% du point augmenterait de 800 millions d'euros la seule masse salariale de l'État (80,6 milliards d'euros en 2013). Mais cette annonce survient avant le début jeudi (et vendredi) de la conférence sociale où devrait être abordée la question du calcul des retraites des agents, un dossier potentiellement explosif pour le gouvernement, plusieurs syndicats ayant prévenu que toucher au système serait pour eux un « casus belli ».
Début juin, six syndicats (FO, la CGT, la FSU, Solidaires, la CFTC et la CFE-CGC) avaient déjà annoncé une éventuelle journée d'action « au plus tard début octobre » sur cette question. « A l'évidence, l'annonce de la ministre ce matin ne peut que renforcer cette détermination commune », a déclaré un représentant de la CGT, rejoint par Christian Grolier de FO. Pour les syndicats, la mesure est « inacceptable » et « scandaleuse ».

« Ne pas dépenser plus d’argent que nous n’en avons »

Pour le député PS de Seine-et-Marne Olivier Faure, la mesure est nécessaire. « La difficulté, quand on augmente le point d’indice dans la fonction publique, c’est que ça coûte tout de suite autour d’un milliard d’euros », calcule l’élu. « Il y aujourd’hui une exigence de réduction des déficits qui pèse sur la politique gouvernementale. On ne peut pas dépenser plus d’argent que nous n’en avons. Pour ne pas augmenter les impôts, il faut faire des économies, et à ce moment, on pourra à nouveau augmenter le point d’indice ».

« Même la droite n’avait pas osé »

Pas question de céder, répond pourtant Christian Grolier, le secrétaire général de Force ouvrière fonction publique. « Pour les fonctionnaires, ça va être une nouvelle baisse du pouvoir d’achat, associée au gel des salaires, à l’inflation ». Et au-delà du simple sort des fonctionnaires, le responsable syndical estime que c’est même risqué pour l’économie. « Ce n’est ni plus ni moins qu’en augmentant le pouvoir d’achat de tous, fonctionnaires y compris qu’on permettra plus de consommation et plus de rentrées de cotisations pour les retraites. Même un gouvernement de droite n’avait pas osé faire de mesures aussi antisociales, donc on devra s’en rappeler à l’avenir ».

« Il faut faire des efforts justes »

« Leur salaire reste corrélé à l’inflation », rappelle toutefois le ministre du Budget Bernard Cazeneuve, invité ce mercredi sur RMC et BFMTV. « Nous allons faire des efforts pour les catégories de fonctionnaires les plus à la peine, mais nous sommes dans un effort de redressement des comptes publics. Les syndicats sont dans leur rôle. Nous devons faire des efforts, des efforts justes, et c’est la raison pour laquelle il y aura des efforts en faveur de certaines catégories de fonctionnaires. Et nous allons créer des postes dans l'Education nationale, la police et la justice », tient-il à ajouter.

Mathias Chaillot avec Victor Joanin