BFM Business

Les vraies raisons de la grogne des médecins

Les 60.000 médecins libéraux réclament une hausse de leurs honoraires

Les 60.000 médecins libéraux réclament une hausse de leurs honoraires - Denis Charlet-AFP

Les syndicats de médecins et la sécurité sociale entament ce mercredi des négociations difficiles pour aboutir à une nouvelle convention médicale cet été. Les tarifs des consultations sont la principale cause de leur colère mais là n'est pas la seule raison de leur mal-être.

Evidemment, il y a d’abord une question de gros sous. D’un côté, les 65.000 généralistes rappellent que le prix de leur consultation n’a pas été revalorisé depuis le début 2011. Ils réclament au moins 25 euros. Et largement plus pour certains syndicats.

En face, la Sécu, donc le gouvernement, insiste sur le fait que si l’on met bout à bout tous les éléments de rémunérations des médecins, comme les forfaits pour certains actes, la consultation leur est finalement payée 31,50 euros, soit 9% de plus en quatre ans. Largement plus que l’inflation, note ce mercredi matin dans Le Figaro Nicolas Revel, le patron de l'Assurance-maladie. 

Près de 600 millions par an

Et face au déficit persistant de la sécurité sociale, le gouvernement a un argument imparable: 2 euros de plus, c’est peut-être modeste individuellement, mais cela fait quand même près de 600 millions d'euros de plus par an à la charge de l’Assurance-maladie. Cela tient du dialogue de sourd.

La négociation doit s’achever fin juillet, c’est-à-dire moins d’un an avant la présidentielle. Il est difficile d'imaginer l’exécutif refuser toute hausse au nom du sacro-saint équilibre des comptes.

En tout cas, dans une situation voisine, le gouvernement Fillon avait cédé avant 2012 en accordant 1 euro d'augmentation. L'actuelle ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, a d’ailleurs annoncé dimanche 21 février que leur rémunération serait bien augmentée. Mais elle n’a pas dit sous quelle forme.

En clair, le gouvernement va tenter d’échanger une hausse de la consultation contre la remise en cause de certains rémunérations annexes pour limiter au maximum les dépenses supplémentaires. Ce n'est pas gagné. 

Bataille du tiers payant

Mais la grogne des médecins n'est pas qu'une question de gros sous. On vient de s’en rendre compte avec leur bagarre, qu’ils ont d'ailleurs gagnée, contre le tiers payant généralisé. Pour eux, accepter cette généralisation, au delà de la paperasse, c’était être un peu plus fonctionnarisé qu’aujourd’hui.

Or, le problème des médecins libéraux, généralistes en particulier, c’est qu’ils vivent mal leur soumission à la sécurité sociale. Celle-ci assure en effet leurs revenus mais elle prend aussi en charge -on le sait peu- l'essentiel de leurs charges sociales. Sur 5,4% de cotisation famille, la Sécu règle... 5%. Quelles autre profession libérale ou indépendante, voire des auto-entrepreneurs, ont droit à un tel avantage? 

Autre cause de l’inquiétude des médecins libéraux: le développement de l’e-medecine avec la multiplication des sites de conseils médicaux qui banalisent l’exercice de leur art. Et sur ce point, on ne peut pas dire que les syndicats de médecins soient à la pointe du combat.

P.C