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Les salariés syndiqués se détachent des activités de... leur syndicat

Les syndiqués de moins en moins impliqués dans les activités de leur syndicat

Les syndiqués de moins en moins impliqués dans les activités de leur syndicat - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Le nombre de salariés syndiqués déclarant participer aux activités de leur syndicat a fortement diminué depuis trente ans. Un constat qui vient confirmer "l'affaiblissement des grandes institutions d'engagement", selon la Dares

Ils sont de plus en plus nombreux à s'impliquer... de moins en moins. Plus de la moitié des salariés syndiqués ne participaient jamais, ou rarement, aux activités de leur syndicat en 2013, alors qu'ils n'étaient que 29% en 1983. Pour établir son diagnostic, la Dares, l'organisme en charge des statistiques au ministère du Travail, a comparé plusieurs études complètes menées par l'Insee et portant plus largement sur les ressources et conditions de vie des Français. Ses experts ont isolé les données concernant les salariés syndiqués dans un échantillon global allant de 5.000 salariés en 1983 à 15.000 en 2013. Parmi eux, 11,4% étaient syndiqués.

Il en ressort que parmi ces salariés payant une cotisation à un syndicat, 51,4% déclaraient, en 2013, n'avoir jamais participé aux activités de leurs syndicats au cours des douze mois précédents, se voyant comme "de simples adhérents". 30,4% déclaraient s'y être impliqués de manière régulière, alors qu'au début des années 1980, près d'un syndiqué sur deux affirmait participer aux activités syndicales au moins une fois par mois (dont la moitié au moins une fois par semaine). Cette part s'était accrue au tournant des années 2000, à 59%, avec notamment la mise en oeuvre des 35 heures. Puis elle a progressivement baissé.

Un "modèle classique de l'engagement militant" ébranlé

La Dares, qui rappelle qu'en 2013 seulement 11% des salariés de 18 à 65 ans adhéraient à une organisation syndicale, souligne que "la désaffection à l'égard des syndicats s'inscrit dans un contexte plus général d'affaiblissement de grandes 'institutions d'engagement'" (syndicats, partis politiques...).

Cependant, dans le cas des syndicats, "le modèle classique de l'engagement militant masculin, ouvrier et industriel, a été ébranlé par la forte transformation du tissu productif et du salariat", la Dares citant la privatisation des grandes entreprises, le développement de la sous-traitance, la financiarisation accrue de l'économie ou l'augmentation de la part des PME.

Autre enseignement de l'étude: les salariés syndiqués sont plus nombreux que les non syndiqués à adhérer à des associations sociales, caritatives, humanitaires (10% contre 5%). "La désaffection ou le désintérêt au regard des syndicats vont de pair avec une moindre implication dans les organisations mobilisées par d'autres causes collectives".

Des syndiqués de plus en plus âgés

En outre, faute de renouvellement générationnel, "bien que les syndiqués aient toujours été un peu plus âgés que l'ensemble des salariés, leur âge a augmenté plus vite que celui de ces derniers". Ainsi, entre 1983 et 2013, la part des plus de 50 ans parmi les syndiqués a augmenté de 18 points contre une hausse de sept points pour l'ensemble des salariés.

"En dépit de leurs difficultés, les syndicats de salariés restent un acteur social important et la première institution de défense des droits ou d'intérêts collectifs en France en termes d'affiliés" (salariés ou retraités), "très loin devant les partis politiques, les groupements professionnels, les associations de protection de l'environnement", conclut la Dares.

P.L avec AFP