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La pauvreté se durcit en France

En 10 ans, la précarité durablement installée, constate le Secours catholique

En 10 ans, la précarité durablement installée, constate le Secours catholique - -

Depuis dix ans, la précarité s'est installée parmi les bénéficiaires du Secours catholique, les pauvres sont plus nombreux et dans une situation plus difficile qu'en 2001.

La situation se détériore... Depuis 10 ans, la pauvreté s’intensifie en France. Le Secours catholique, qui publie ce jeudi 8 novembre son rapport "Regards sur 10 ans de pauvreté", s’inquiète de "l’accroissement de l’intensité de la pauvreté". Non seulement le nombre de personnes pauvres augmente, mais surtout elles s’installent durablement dans la pauvreté.

Une conférence gouvernementale sur la lutte contre la pauvreté et les exclusions aura lieu les 10 et 11 décembre prochains. Elle doit déboucher sur un plan d'action pluriannuel.

> Parmi les bénéficiaires, 94% vivaient sous le seuil de pauvreté

En France, la grande pauvreté touche près de 2 millions de personnes sur 65 millions d'habitants au 1er janvier 2012. Ce chiffre a considérablement augmenté ces dix dernières années (hausse de 500 000 personnes entre 1999 et 2009). Après être resté stable pendant plusieurs années, le taux de personnes en dessous du seuil de pauvreté est passé au cours des deux dernières années de 12,9% à 14,1% de la population.

En 2011, cela représente près de 585 500 situations de pauvreté rencontrées, c’est-à-dire de personnes ou de familles qui sollicitent l’aide de l’association. Soit au total, 1 422 000 personnes aidées dont 668 000 enfants et 754 000 adultes.

Pourtant, il faut rappeler que le seuil de pauvreté monétaire n’est pas très haut. "Par définition le seuil de pauvreté est égal à 60 % du niveau de vie médian (964 euros INSEE 2010). On peut calculer aussi un seuil de pauvreté à 40% qui permet de déterminer la grande pauvreté (644 euros en 2010)", selon le Secours catholique.

> Une précarité qui dure

Mais au-delà de cette hausse de la pauvreté, ce qui inquiète c’est aussi l’installation durable dans cette situation.

En effet, un tiers des personnes accueillies en 2001 comme en 2011 avaient déjà fait appel à l'ONG l'année précédente: "On constate un durcissement et un ancrage de la pauvreté", explique Bernard Schricke, directeur Actions et Plaidoyer France Europe. "Il n'est pas rare que les personnes fréquentent nos structures pendant 3, 4 ou 5 ans."

Une situation qui s’explique, notamment, par la forte hausse de la proportion de personnes au chômage. Le taux de chômage des personnes rencontrées est beaucoup plus élevé que dans le reste de la population : il est passé de 58 % en 2001 à 66 % en 2011 alors que pour l’ensemble de la population, il est de 7,6 % fin 2001 et de 9,3 % fin 2011. En 2011, 25% des adultes rencontrés sont des chômeurs non indemnisés. Dix ans plus tôt, ils représentaient 18 % des adultes.

> Une pauvreté qui change de visage

Depuis 10 ans, le Secours catholique constate que la pauvreté féminine augmente. "Alors qu’en 2001, le Secours Catholique rencontrait autant de femmes que d’hommes, dix ans plus tard, le nombre de femmes accueillies atteint 57 % des adultes en situation de pauvreté. on note cependant une évolution importante sur la période concernée : le nombre de femmes seules dont l’âge est compris entre 55 et 65 ans a fortement augmenté sur dix ans. Dans une conjoncture économique dégradée, ces femmes éloignées du marché du travail pour élever leurs enfants ont d’autant plus de mal à retrouver un emploi lorsque ceux-ci quittent le foyer".

De plus, le nombre d’étrangers en situation de précarité progresse. En 2011, 30% des situations de pauvreté concernent des étrangers, dix ans plutôt, ils étaient 23%.

Et enfin, de plus en plus de familles font appel au Secours catholique. "À partir de 2008, la crise et ses conséquences économiques se sont traduites par une précarisation d’un certain nombre de familles. Nous observons donc une hausse des couples avec enfants dans les situations de pauvreté. En 2011, 53 % des ménages rencontrés sont des familles, contre 47 % en 2001".

Dans ce contexte, le Secours catholique appelle les pouvoirs publics à revaloriser les minima sociaux qui ont, d'après lui, "pris beaucoup de retard par rapport aux besoins essentiels des familles et personnes pauvres".

Diane Lacaze