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Élise Lucet s'attaque aux méthodes de management de Free et Lidl

Elise Lucet, face aux critiques qui lui sont régulièrement adressées, assure que "Cash Investigation n'a rien contre les entreprises et n'a rien contre le fait qu'elles cherchent des gains de productivité".

Elise Lucet, face aux critiques qui lui sont régulièrement adressées, assure que "Cash Investigation n'a rien contre les entreprises et n'a rien contre le fait qu'elles cherchent des gains de productivité". - Michel Gangne-AFP

Le magazine Cash Investigation dénonce les conditions de travail difficiles imposées par ces deux grands spécialistes du low cost. En cause, l'automatisation des tâches chez Lidl et le management "dur" de Free, pratiqué dans un centre d'appels.

L'arrière-boutique de certaines enseignes low cost révèle des méthodes de management parfois "abruptes" pour les salariés. Le magazine Cash Investigation, diffusé ce mardi soir à 20h55 sur France 2, avec une enquête intitulée "Travail, ton univers impitoyable" révèle l'envers du décor au sein de deux entreprises emblématiques, Lidl France et Free.

Cette enquête fouillée débute par une plongée chez Lidl France et ses 30.000 salariés. Les techniques mises en oeuvre pour maximiser leur productivité incluent la caisse enregistreuse avec triple scannage, latéral, par le bas et transversal. Cette invention propre au distributeur allemand officiellement évite les gestes inutiles à la personne la caisse.

"Les caissières passent entre 29 et 32 articles à la minute" commente avec fierté le directeur du magasin de Metz (Moselle), interrogé par les équipes de France 2. Interrogée sur sa position débout alors que cette caissière a un siège à sa disposition, l'intéressée rétorque qu'elle ne "se trouve pas assez performante lorsqu'elle assise"...

Dans les entrepôts de Lidl, l'ordinateur dicte la cadence

Le magazine télévisé souligne l'exigence de polyvalence imposée aux caissières, qui permet d'éradiquer les temps morts ou la commande vocale qui dicte la cadence dans les entrepôts, une machine ordonnant aux préparateurs de commandes les tâches à effectuer.

Des témoignages révèlent les revers de ces procédés, comme le poids ahurissant (jusqu'à 8 tonnes) des marchandises manipulées quotidiennement par les préparateurs, et des employés dont les corps peinent à suivre la cadence et qui ont l'impression de devenir des robots. L'émission s'interroge aussi sur la disproportion entre les nombreux salariés de l'enseigne licenciés pour inaptitude (2.196 en cinq ans), et l'infime minorité de ceux qui obtiennent un reclassement (22).

Chez Free, l'émission s'est focalisée sur les méthodes apparemment abruptes de management appliquées aux équipes du centre d'appel Mobipel (filiale de l'opérateur) à Colombes (Hauts-de-Seine), près de Paris : l'un des sept centre de contacts de l'opérateur télécoms.

Les licenciements s'y sont multipliés depuis un débrayage de quelques heures organisé en 2014: l'émission en a dénombré 248, sur un site qui comptait environ 650 salariés.

Dans un entretien particulièrement tendu, le numéro deux de l'opérateur télécoms, Maxime Lombardini, dément "les yeux dans les yeux" à Elise Lucet, présentarice du magazine, tout lien de cause à effet.

Une responsable RH licenciée... pour avoir licencié de manière classique

L'émission s'est également penchée sur le recours au licenciement pour faute grave (et donc sans versement d'indemnités ni préavis) à l'intérieur du groupe, pour des motifs "régulièrement jugés abusifs par les tribunaux de prud'hommes".

Elle rapporte ainsi le cas "pour le moins étonnant" d'une responsable en charge des ressources humaines, elle-même licenciée pour faute grave... parce qu'elle avait procédé à des licenciements classiques (pour "cause réelle et sérieuse"), et qui ont donné donc lieu à des paiements d'indemnités.

La journaliste, face aux critiques qui lui sont régulièrement adressées, assure que "Cash Investigation n'a rien contre les entreprises et n'a rien contre le fait qu'elles cherchent des gains de productivité". "La question c'est: à quel prix, jusqu'où ?" ajoute-t-elle à l'AFP.

Au-delà de toute polémique, à ceux qu'intéresse l'envers du décor de deux entreprises très populaires auprès des Français et qui ont révolutionné leur marché respectif, l'émission satisfera leur curiosité.

F.Bergé avec AFP