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Edouard Martin, de l’acier dans les veines

Edouard Martin, délégué syndical de la CFDT à Florange

Edouard Martin, délégué syndical de la CFDT à Florange - -

PORTRAIT - L’emblématique syndicaliste de la CFDT Edouard Martin est en première ligne depuis plusieurs mois pour défendre son usine de Florange, menacée de fermeture. Entre coups de gueule et larmes, un personnage à la trempe d’acier.

A 49 ans, Edouard Martin n’est pas qu’une grande gueule syndiquée ultra médiatisée. Certes, il passe bien devant les caméras, et la puissance de ses bons mots et de ses invectives font mouche à chaque fois. Un bon client pour les journalistes, une épine dans le pied des politiques. Mais il n’est pas que cela, Edouard Martin. Homme de convictions, à fleur de peau, il lui arrive de craquer.

En témoigne ces larmes saisissantes lâchées devant les caméras, jeudi à Florange, alors que le gouvernement vient d’annoncer des difficultés techniques concernant le projet expérimental Ulcos de captage-stockage du CO2, sur lequel se fondent des espoirs de salut de l'usine lorraine.

"On est tous écœurés, on a été trahis", lâche-t-il entre deux sanglots. Avant de reprendre ses esprits et de retrouver sa fougue militante de syndicaliste convaincu : "Nous, nous allons être votre malheur, si vous ne cessez pas ces mensonges, ces tromperies !".

En Lorraine, "on tient ses promesses"

Des formules percutantes, une mise en scène médiatique de son combat parfaitement maîtrisée, l’homme a le sang chaud, et sait comment attirer l’attention. Pourtant, les invectives ne sont jamais des caricatures, son engagement n’a pas comme leitmotiv la haine du politique. Mieux, il peut même leur accorder sa confiance, quand c’est justifié.

Fin septembre, devant les sidérurgistes déçus par les annonces d’Arnaud Montebourg, il montait ainsi au créneau pour défendre le scénario présenté par le ministre du Redressement productif. Une confiance qu’il accorde parce qu’en Lorraine, dit-il, "on tient ses promesses". Alors forcément, quand il se sent dupé, sa colère est à la hauteur de sa déception.

Florange, une histoire de famille

Débarqué de son Espagne natale à l’âge de 7 ans, le sidérurgiste lorrain a toujours connu l’aciérie de Florange. Son père y travaillait, puis à 18 ans, il devient à son tour salarié de l’usine. Dès lors, son engagement ne le quittera plus. Ses deux enfants, tous deux âgés de plus de 20 ans, l’ont toujours connu en tant que représentant du personnel.

En 1989, sept ans après avoir intégré l’usine Sollac de Florange, il est élu délégué du personnel pour la CFDT. Réputé pour sa verve et ses coups de gueule auprès de ses collègues, il répond avec humour quand on lui dit qu’il a le sang chaud des Espagnols : "ce n’est pas du sang qui coule dans mes veines, c’est de l’acier !".

Thomas Roure - Images Emeline d' Harcourt et Manuela Binet