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Des conflits sociaux se cristallisent sur le pouvoir d'achat et... la "prime Macron"

Les syndicats réclament pour les salariés des augmentations de salaires et des primes exceptionnelles.

Les syndicats réclament pour les salariés des augmentations de salaires et des primes exceptionnelles. - Jean-Pierre Clatot-AFP

Chez Saipol, Lafarge-Holcim, Veolia, Dunlop ou Castorama, des appels à la grève ou au débrayage des syndicats ont eu lieu récemment. Avec un point commun: des revendications de pouvoir d'achat des salariés. Certaines sont liées à la "prime Macron" défiscalisée, de par son absence ou son montant jugé insuffisant...

S'agit-il d'un dégât collatéral, pour les entreprises, des promesses sur le pouvoir d'achat faites par le gouvernement pour répondre aux revendications des gilets jaunes? Une série de conflits sociaux émaillent le quotidien de plusieurs grandes entreprises sur la thématique exclusive des hausses de salaire et des demandes de primes exceptionnelles.

Dans certaines entreprises, la "prime Macron" défiscalisée a créé des déceptions par son absence, son montant jugé trop chiche ou son nombre de bénéficiaires trop restreint. Voici les principaux conflits sociaux ayant émaillé les dernières semaines sur fond de revendications relatives au pouvoir d'achat.

Chez Saipol (agro-industrie), propriété du groupe Avril, les salariés de l'usine de Grand-Couronne (Seine-Maritime) perturbent l'activité du site depuis plusieurs semaines pour réclamer des hausses de salaires. Selon Pascal Gricourt, délégué syndical central CGT chez Saipol, "le site de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) est également bloqué. Les grévistes réclament une augmentation générale des salaires de 7% après quatre années de gel". "Ils demandent aussi le versement d'une prime exceptionnelle de 1500 euros ou encore l'ouverture anticipée de négociations annuelles obligatoires" (NAO) a ajouté le syndicaliste.

Interrogé, un porte-parole du groupe Avril a daté le démarrage du mouvement au 1er février. Selon lui, 7,9% de l'effectif total de Saipol est en grève. Jeudi 14 février, une première réunion s'est tenue entre syndicats et direction. "Un accord de principe a été trouvé pour l'ouverture anticipée des NAO le 25 février", a indiqué Pascal Gricourt regrettant de ne pas avoir eu de réponses sur les autres revendications.

Chez Lafarge-Holcim (cimenterie, matériaux de construction) plusieurs dizaines de salariés du groupe avaient observé jeudi 14 février leur dixième jour de grève pour obtenir une prime exceptionnelle et des embauches, perturbant l'activité du cimentier dans plusieurs sites d'Eure et de Seine-et-Marne, a-t-on appris auprès de la direction et des syndicats. "Nous sommes en grève depuis le 5 février sur trois sites, ceux de Bernières-sur-Seine et Gaillon (Eure) et celui de La Brosse Montceaux (Seine-et-Marne)", a indiqué Moussa Diaby, représentant CGT à Bernières-sur-Seine. Les grévistes réclament une prime exceptionnelle de productivité de 100 euros par mois liée à la livraison du chantier Grand Paris.

Ils demandent également l'embauche en CDI des collaborateurs en CDD, un calendrier d'harmonisation des primes et de revoir les critères de déclenchement du budget de l'intéressement. Les salariés grévistes des sites Lafarge-Holcim de la vallée de Seine, engagés dans un mouvement social depuis le 5 février, ont repris le travail après la conclusion d'un accord avec la direction et l'activité est revenue à la normale, a-t-on appris ce lundi 18 février de sources concordantes. "Un accord de sortie de conflit a été signé vendredi, les trois sites perturbés fonctionnent aujourd'hui normalement", a indiqué un porte-parole de Lafarge-Holcim. "L'accord trouvé prévoit notamment l'embauche de neuf personnes en CDI ou encore le versement d'une prime de 50 euros mensuelle pendant au moins neuf mois", a déclaré le syndicaliste confirmant la reprise de l'activité.

Chez Veolia (eau, gestion des déchets, énergie) Une centaine de salariés s'étaient mobilisés pour leurs salaires et leur pouvoir d'achat en manifestant vendredi 8 février devant le siège du groupe à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). L'intersyndicale souhaitait "une meilleure répartition des revenus au sein de l'entreprise et une hausse (du) pouvoir d'achat" des salariés, notamment grâce à de "véritables NAO" sur les salaires. Les syndicats critiquent aussi le versement à uniquement 20% des salariés français de la prime exceptionnelle dite "prime Macron", fixée à "seulement 500 euros" par la direction. Ils exigent également "plus d'équité" dans les promotions, la formation et la mobilité. Selon la direction, "le pourcentage de grévistes a été très faible, mis à part l'activité Eau France (25%)". Ailleurs, elle a compté "4% de grévistes dans l'activité Recyclage et valorisation des déchets, encore moins à Sarp/Sarpi (déchets dangereux) ou chez Veolia Industries Global Solutions", avait précisé le directeur des ressources humaines du groupe, Jean-Marie Lambert.

Chez Dunlop (pneumatique), des ouvriers de l'usine de Montluçon (Allier), propriété de Goodyear, ont entamé 1er février une grève du zèle, faute d'accord avec la direction sur le versement d'une prime et l'embauche d'intérimaires. Les salariés réclamaient au départ une prime exceptionnelle de 1000 euros et l'embauche d'environ 90 intérimaires, mais plusieurs réunions de négociations ont eu lieu depuis mercredi dernier, sans aboutir. Après un arrêt de travail de plusieurs jours, le conflit a pris désormais la forme d'une grève du zèle. Selon les syndicats, la direction du site a proposé le versement d'une prime de productivité à hauteur de 70 euros par mois, garantie pendant quatre mois, l'embauche de deux salariés par mois et une augmentation de 1% des salaires. Une nouvelle réunion de négociations pourrait avoir lieu prochainement au siège français de Goodyear en région parisienne. La direction ne fait pas de commentaires sur les discussions en cours.

Chez Castorama, plusieurs syndicats avaient appelé le 31 janvier à une journée de mobilisation dans toute la France, sous forme de grève ou de débrayage, jugeant insatisfaisante la prime de 300 euros qu'a décidé de verser l'enseigne de bricolage à ses 20.000 salariés. À l'issue de plusieurs mouvements, notamment celui début janvier dans le magasin d'Englos (Nord), Castorama avait consenti mi-janvier à verser cette prime, sur la paie de février, à l'ensemble de ses employés, y compris ceux en CDD ou à temps partiel. Une prime "très bien accueillie par une large majorité d'entre eux" et qui "témoigne de notre volonté de maintenir une politique de rémunération équilibrée, attentive au pouvoir d'achat de nos collaborateurs dans un marché qui demeure difficile", a expliqué jeudi à l'AFP Olivier Lurson, le directeur des ressources humaines de Castorama et Brico Dépôt, également visé par le préavis de mobilisation.

  • À la direction générale des finances publiques, les trois premiers syndicats des finances publiques - Solidaires, CGT et FO - avaient appelé à la fin janvier les personnels à "se mobiliser" à partir de lundi et jusqu'au 15 février, dans le cadre d'un préavis de grève, pour l'attribution à "tous" de la prime annoncée par Gérald Darmanin. Cette prime exceptionnelle de 200 euros net en février a été accordée à 40.000 agents travaillant à la mise en oeuvre du prélèvement à la source, sur les 103.000 personnes qui y sont employées.
Frédéric Bergé avec AFP