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Chômage: les chiffres de Pôle emploi remis en cause

Les chiffres de Pôle Emploi ne sont pas considérés comme un indicateur fiable à eux seuls

Les chiffres de Pôle Emploi ne sont pas considérés comme un indicateur fiable à eux seuls - Pascal Guyot - AFP

Un rapport du Sénat estime que les statistiques mensuelles publiées par l'agence ne sont pas "un indicateur fiable à elles seules", notamment en raison du manque de pertinence de certaines catégories.

Les chiffres mensuels de Pôle emploi ne sont pas "à eux seuls un indicateur fiable et pertinent du chômage". Voilà la conclusion d'un rapport du Sénat publié ce mardi 11 octobre, qui recommande à l'opérateur public de mieux communiquer, et à l'Insee de publier mensuellement ses propres statistiques, jugées plus révélatrices.

"Les soupçons de manipulations des chiffres publiés par Pôle emploi ne sont pas justifiés, même si la survenance d'incidents a altéré leur crédibilité. Toutefois, ils ne sont pas, à eux seuls, un indicateur fiable et pertinent du chômage", estime le rapport d'une commission d'enquête du Sénat.

Des "anomalies"

Les sénateurs pointent plusieurs "anomalies" dans les inscriptions à Pôle emploi. Le fait d'abord que la catégorie C, qui recense les demandeurs d'emploi ayant exercé une activité réduite, comprenne "un nombre important de personnes travaillant à temps plein (467.300 en juillet 2016)", voire "pour certains en CDI" a souligné le rapporteur, Philippe Dallier (Les Républicains), lors d'une conférence de presse.

Les sénateurs estiment que l'opérateur devrait "mieux communiquer" sur ses chiffres mensuels, en fournissant notamment une analyse plus approfondie de la catégorie C.

Les chiffres de l'Insee jugés meilleurs

Le second indicateur du chômage, celui établi selon les critères du Bureau international du travail (BIT) par l'Insee via une enquête trimestrielle, constitue "une meilleure mesure" à leurs yeux.

Selon ces critères, les seuls reconnus au niveau international, il y a 2,8 millions de personnes au chômage en France (la catégorie A de Pôle emploi recense 3,56 millions de personnes sans aucune activité). A cela s'ajoute le "halo du chômage", 1,5 million de personnes inactives mais souhaitant travailler, non comptabilisées comme chômeurs par le BIT mais dont certains sont quand même inscrits à Pôle emploi.

Le rapport pointe "l'écart qui s'est creusé depuis 2009" entre les chiffres de catégorie A de Pôle emploi et le nombre de chômeurs au sens du BIT. Cet écart pourrait être lié en partie à la suppression, en 2008, de la dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs de plus de 58 ans, qui n'étaient pas auparavant comptabilisés dans les listes de Pôle emploi. De 2008 à 2016, le nombre de demandeurs d'emploi de plus de 55 ans inscrits sur ces listes a grimpé de 580.000 "soit +430%"; les sénateurs jugent "probable" que certains d'entre eux n'aient pas été comptés comme chômeurs par l'Insee, car "sans espoir" de trouver du travail.

Afin de mieux analyser la réalité du chômage en France, le rapport préconise une parution mensuelle des chiffres Insee.

J.M. avec AFP