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Chez Adecco, la révolution du CDI intérimaire

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Mis en place par la Loi El Khomri en 2014, ce contrat inattendu est doucement en train de devenir une norme chez Adecco. Un tiers des intérimaires sont désormais en CDI au sein du groupe, à la grande satisfaction du Président France, invité sur le plateau de Good Morning Business.

"On trouvait que c'était dans l'air du temps. Mais de là à imaginer qu'un tiers de nos effectifs intérimaires seraient 'CDIsés', on l'avait pas imaginé il y a 5 ans." Sur le plateau de Good Morning Business, ce vendredi matin, Christophe Catoir, Président France et Europe du Nord The Adecco Group, résume l'impact de la loi El Khomri de 2014 sur son activité.

A l'époque, la loi Travail avait créé le CDI intérimaire avec un principe simple : l'entreprise d'intérim embauche en CDI avant de déléguer les salariés à des entreprises qui cherchent des intérimaires. "Dans le groupe Adecco, ce sont plus de 30.000 CDI intérimaires qui ont été signés, qui est un contrat de droit commun, en réalité, où les contrats sont en CDI" où "on reste l'employeur" se félicite Christophe Catoir.

Avec un atout de taille pour les employés: "Si ces personnes ne travaillent pas, elles sont tout de même rémunérées et donc, on a une forme de sécurisation de l'emploi" souligne le patron d'Adecco, qui semble toujours aussi surpris du succès de ce CDI intérimaire. "Cela part d'un paradoxe: les entreprises veulent plus de flexibilité mais les collaborateurs veulent avoir un contrat plus sécurisé" explique-t-il. Ce contrat permet finalement de réunir ces deux ambitions.

"Une façon de tester le marché"

"Et avec une deuxième idée, qui fait probablement son succès aujourd'hui, c'est qu'au lieu d'avoir une prime de précarité, les gens ont un abondement formation de quasiment 10% de leur temps de travail. Et au moment où on parle autant de transformation des métiers, la formation est une clé centrale pour rester employable" assure Christophe Catoir.

Pour les employés, c'est aussi une façon de découvrir des entreprises et de trouver celle qui lui convient le mieux. "Ce qui est intéressant, c'est que, parmi les personnes qui nous quittent, 76% quittent ce CDI intérimaire pour rejoindre la dernière entreprise qui les a recrutés. C'est une façon de tester le marché, de le comprendre et de temps en temps des passer des fiançailles au mariage" explique Christophe Catoir.

Manpower profite aussi de la réforme

Et l'intérêt pour Adecco ? "On fait payer bien évidemment nos services" glisse son patron qui souligne surtout le cercle vertueux de ce contrat. "Petit à petit, on a été amené à créer des formes de groupements d'employeurs, ce qu'on appelle les pôles de compétence partagée, où cinq, six entreprises se mettent sur un bassin d'emplois, recrutent des CDI intérimaire et le jour où l'une d'entre elle a des opportunités d'embauche en CDI, les personnes nous quittent pour rejoindre cet employeur." De son côté, Adecco continue de recruter et surtout de former. L'entreprise a même ouvert un Centre de Formation d'Apprentis (CFA) dans cette optique.

Le groupe suisse n'est d'ailleurs pas le seul à profiter de ce nouveau contrat. Manpower a ainsi signé plus de 20.000 CDI intérimaires depuis sa mise en place. Et pour les deux entreprises, la marge de progression est impressionnante: ces contrats ne représentent encore que 10% des intérimaires en France.

Thomas Leroy