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CGT: qui est Philippe Martinez, le successeur dont rêve Thierry Lepaon?

Philippe Martinez, proposé par Thierry Lepaon et son entourage pour diriger la CGT, est l'actuel dirigeant de la branche métallurgie de la centrale.

Philippe Martinez, proposé par Thierry Lepaon et son entourage pour diriger la CGT, est l'actuel dirigeant de la branche métallurgie de la centrale. - Capture d'écran YouTube

L'ex-secrétaire général démissionnaire tente de placer ses hommes pour prendre sa suite. Pour le poste de leader, il propose l'actuel dirigeant de la branche métallurgie de la centrale qui a longtemps travaillé chez Renault.

Le feuilleton continue à la CGT. La Commission exécutive de la centrale se réunit à nouveau ce lundi 12 janvier. Elle doit proposer une liste de noms pour composer une nouvelle direction. Thierry Lepaon souhaite que Philippe Martinez, dirigeant de la branche métallurgie à la CGT et ancien de Renault, lui succède. La candidature de ce dernier a été entérinée par la commission exécutive du syndicat lundi en fin de journée. Mais les méthodes employées par le secrétaire général démissionnaire pour garder la main contribuent à maintenir les tensions au sein de la centrale.

C'est lui en effet qui pilote le groupe de travail chargé de proposer la nouvelle équipe dirigeante. Un groupe de cinq personnes dont trois font partie de sa garde rapprochée.

Ce groupe a proposé dix noms: celui d'un secrétaire général et ceux des neuf membres du bureau confédéral. Celui de Philippe Martinez apparaît pour le poste de secrétaire général. Les autres noms sont peu connus du grand public, mais une partie d'entre eux sont réputés être proches de Thierry Lepaon.

Certains dénoncent un putsch

Cette méthode déplaît à ses détracteurs, ceux qui veulent tourner la page de l'ère Lepaon. Plusieurs organisations ont d'ores et déjà dénoncé ce qu'ils qualifient de manœuvre illégitime, certains parlant même de putsch. Ils auront peut-être le dernier mot mardi lors de la réunion du CCN, le Comité confédéral national. Ce "Parlement de la CGT", qui se réunit mardi, a lui seul le pouvoir d'entériner définitivement la future direction.

Cette nouvelle équipe dessinée par Thierry Lepaon et sa garde rapprochée pourrait en effet se voir rejetée par un Parlement qui a déjà fait preuve par le passé d'indocilité. Philippe Martinez a certes des chances d'obtenir le soutien des grandes fédérations, mais pas forcément celui de la majorité des deux tiers, nécessaire à son élection. 

L'approche très politique de Philippe Martinez

Que dire maintenant du profil de celui qui dirige la troisième fédération de la CGT depuis 2008? On l'a surtout entendu au moment de la fermeture de PSA Aulnay, et de la suppression de 8.000 postes en France. Cet ancien de Renault, qui a longtemps travaillé à Boulogne-Billancourt, se disait "scandalisé", sur RMC en juillet 2012. Il doutait de l'argument avancé par la direction pour fermer le site: "on essaie de nous faire croire à une surproduction alors que des salariés hors production et de la Recherche et développement sont aussi concernés". Il dénonçait les "3 milliards de bénéfices dont un tiers versé aux actionnaires" en cinq ans. Philippe Martinez accusait aussi PSA de proposer "des solutions avant même le diagnostic", tout en appelant le gouvernement à bloquer la décision du constructeur.

Même tonalité virulente lors de son discours de 20 minutes clôturant le congrès de la Fédération des travailleurs de la métallurgie. Son approche apparaît plus politisée que celle de Thierry Lepaon. Sa conscience citoyenne le rapproche plutôt de Bernard Thibault, le prédécesseur de Lepaon: "le problème ne vient pas des salariés des autres pays, ni des salariés étrangers qui travaillent à coté de nous tous les jours. Le problème, c'est le patronat, qui exploite cette misère pour mieux rabaisser tous nos acquis sociaux. Notre responsabilité: ne pas laisser passer les idées du Front national", soulignait ainsi Philippe Martinez devant les adhérents de sa fédération. 

Comme François Hollande, il est un adepte de l'anaphore. Mais ses promesses sont bien plus ambitieuses que celles du Président. Il assure ainsi dans son discours que la France peut créer deux millions d'emplois, soit deux fois plus que le million du président du Medef, Pierre Gattaz. Mais avec des recettes radicalement différentes.

Philippe Martinez appelle ainsi les syndicats et les salariés à proposer eux-mêmes des projets industriels à même de garantir l'emploi. "Deux millions d'emplois, martèle-t-il , c'est un projet ambitieux, qui nécessite de relever certains défis. Travailler à la reconquête de métiers, cela relève de notre responsabilité, pas uniquement celle du patronat. D'ailleurs quand il s'occupe de projets soit-disant industriels, le résultat, c'est 5 millions de chômeurs". 

Sur le temps de travail, il prend l'exact contre-pied du "travailler plus pour gagner plus" cher à Nicolas Sarkozy. Il juge au contraire essentiel de "travailler à une campagne sur la réduction du temps de travail. Travailler moins en étant payé plus, c'est possible, et il faut accélérer sur ces questions dans nos tracts et dans nos revendications". 

Difficile néanmoins de savoir sur quelle ligne précise il se situe au sein du premier syndicat de France, parfois tiraillé entre les adeptes de l'intransigeance absolue et ceux qui prônent une posture plus conciliante dans les négociations. "Pour trouver une issue à cette crise, Il y a besoin de lutte, de mobilisation", admet Philippe Martinez. Mais à ceux qui se plaignent qu'on ne se mobilise pas assez, il répond qu'il faut plus communiquer sur les succès obtenus par le syndicat "comme à la SAM (équipementier automobile, ndlr), à Ascometal, comme à Fralib". Quant à la participation de la CGT à la troisième conférence sociale, ce rendez-vous des partenaires sociaux pour réformer le travail, il "s'interroge encore" sur la pertinence de la présence du syndicat aux discussions. 

L'intégralité du discours de Philippe Martinez en clôture du Congrès de la fédération métallurgie de la CGT, en juin 2014: 

Isabelle Gollentz avec Nina Godart