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Assurance-chômage: Gattaz "réservé" sur la gestion tripartite

Pierre Gattaz est "réservé" sur l'assurance-chômage tripartite

Pierre Gattaz est "réservé" sur l'assurance-chômage tripartite - Ludovic Marin - AFP

À la sortie de son entretien avec le président de la République, le président du Medef a montré de légères réserves sur la réforme de la gouvernance de l'assurance-chômage souhaitée par Emmanuel Macron.

Après Jean-Claude Mailly (FO) et Philippe Martinez (CGT), le président du Medef Pierre Gattaz a été reçu par Emmanuel Macron ce jeudi après-midi pour évoquer la réforme de la formation, l'apprentissage et l'assurance-chômage.

À sa sortie, Pierre Gattaz a dit "être un tout petit peu réservé" sur la gestion tripartite de l'assurance-chômage. Emmanuel Macron souhaite en effet modifier les règles de gouvernance, le régime étant actuellement géré paritairement par les partenaires sociaux. L'idée pourrait donc être d'aller vers cette gestion tripartite avec un pilotage de l'État.

"Il faut donner la chance aux partenaires sociaux de continuer de négocier l'assurance chômage dans un cadre défini par l'État, avec des objectifs définis par l'État et dans un cadre financier défini aussi", a-t-il poursuivi.

Ne pas renchérir le coût du travail

Fin août dernier sur BFM Business, il avait déjà preuve d'une certaine ouverture d'esprit sur ce sujet. "Je préférerais garder cela en paritaire simple. Après si l'État nous dit 'vous allez mettre 250 ans pour négocier, eh bien si c'est le cas reprenez la main! Sur certains domaines on va aller beaucoup plus vite et si ça va dans le bon sens je dis 'bravo'", affirmait-il. Avant d'ajouter "je suis prêt mais ce n'est peut-être pas la meilleure solution".

Le patron des patrons a également donné ses vues sur l'évolution du financement de l'assurance-chômage à l'heure de la réforme voulue par Emmanuel Macron.

"Ce que l'on voudrait surtout c'est ne pas baisser les indemnités pour les chômeurs mas il y a une re-répartition à faire et il faut regarder de quoi on parle; et de quoi on parle en milliards d'euros", a-t-il affirmé, évoquant la réforme de l'assurance-chômage.

Avant de mettre en garde: "Il est hors de question qu'on augmente le coût du travail, ça c'est impossible, il faut continuer à baisser le coût du travail pour que nos entreprises continuent d'être compétitives", a-t-il affirmé, concluant que "l'équation économique reste encore compliquée".

La grande crainte du patronat

De fait,c'est l'ensemble du patronat qui est de fait préoccupé par la réforme de l'assurance-chômage et surtout par son élargissement aux indépendants et aux salariés démissionnaires, mesure qui pourrait coûter jusqu'à 14 milliards d'euros la première année, selon des projections parues dans la presse.

La grande crainte est que cette disposition se traduise par une hausse des cotisations, ce que Pierre Gattaz a donc de facto écarté à la sortie de son entretien avec Emmanuel Macron. "C'est notre ligne rouge", dit encore plus clairement une source du Medef aux Échos.

"Bien sûr qu'on craint une cotisation, on ne peut pas rêver au Père Noël", a d'ailleurs abondé François Asselin, le patron de la CPME, à l'issue de son entretien avec Emmanuel Macron.

"Après, qui dit 'filet de sécurité' dit, en face, 'comment on le finance ?'" a-t-il poursuivi. "Si demain, tous les indépendants devaient (cotiser) 6% de leurs revenus, ils trouveraient que l'assurance leur coûte très cher. Devront-ils financer tout seul ou pas du tout ? La question reste entière", a-t-il feint de s'interroger.

Avant d'enfoncer le clou: "Il faudra bien faire tourner les calculettes pour savoir comment tout ça peut être financé".

J.M.