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La droite européenne suspend Viktor Orban, son "enfant terrible"

Viktor Orban, "enfant terrible" du PPE.

Viktor Orban, "enfant terrible" du PPE. - Thierry Charlier - AFP

A une très large majorité, le Parti populaire européen a décidé de suspendre temporairement le dirigeant populiste hongrois et son parti, le Fidesz.

Deux mois avant les élections européennes, la droite européenne (PPE) a suspendu temporairement le parti nationaliste et anti-immigration du dirigeant hongrois Viktor Orban, le Fidesz. Cette décision fait suite aux nombreux dérapages du Premier ministre hongrois concernant Bruxelles ou l’immigration.

Le Parti populaire européen, qui réunit les formations de droite et de centre-droit de l’Union européenne (comme les Républicains), a pris cette décision mercredi à une écrasante majorité (190 pour et 3 contre) lors d’une assemblée politique à Bruxelles.

Le Fidesz ne pourra ainsi plus participer aux réunions du PPE, ne possédera plus aucun droit de vote et ne sera plus en mesure de présenter de candidat à des postes au sein du PPE jusqu'à nouvel ordre, a précisé le président du PPE Joseph Daul dans un tweet.

Suspension indéterminée

Cette suspension temporaire a été “convenue d’un commun accord” entre la présidence du PPE et le Fidesz, selon le texte du compromis adopté, et durera “jusqu’à publication d’un rapport par un comité d'évaluation” du parti. D’après l'eurodéputé français Franck Proust, qui participait au vote, "une décision sera prise à la remise du rapport des experts, à l'automne".

De son côté, Viktor Orban est apparu confiant lors d’une conférence de presse à l’issue du vote qui a acté cette suspension. “Ce n’est pas possible de nous expulser, ou de nous suspendre, nous avons gagné quatre élections, c'est pourquoi nous avons décidé de nous suspendre unilatéralement", a-t-il déclaré.

L’exclusion définitive toujours possible

Selon Manfred Weber, chef de file pour les élections européennes du PPE qui s’est exprimé mercredi, "la menace d'une exclusion” du dirigeant populiste hongrois et de son parti n’a cependant pas disparu.

Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, a lui-même réclamé l’exclusion définitive de la Fidesz des rangs du Parti populaire européen. "Sa place est hors du PPE", a-t-il affirmé mercredi sur les ondes de la radio allemande Deutschlandfunk, ajoutant que le Fidesz "s'éloignait des valeurs démocrates-chrétiennes" depuis des années.

Fin février, le président de la Commission européenne avait lui-même été la cible d’une campagne d’affichage antisémite du gouvernement hongrois, qui le montrait en train de rigoler aux côtés du milliardaire américain juif d'origine hongroise, George Soros, et l'accusait de soutenir l'immigration en Europe.

Mais si l’exclusion définitive de la Fidesz des rangs du Parti populaire européen serait préférable selon certains de ses membres, d’autres estiment qu’exclure l’enfant terrible du PPE reviendrait à ouvrir la voie à une scission entre les pays de l’Ouest et de l’Est de l’UE et encouragerait Viktor Orban à se tourner vers le vice-Premier ministre italien et ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, le chef de la Ligue (extrême droite).

Juliette Mitoyen avec AFP