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Le chômage a baissé en 2018 mais ce n'est pas (totalement) grâce à Macron

Pour la première fois depuis 10 ans, le taux de chômage en France est passé sous la barre symbolique des 9%. Les réformes du gouvernement y sont-elles pour quelque chose?

Le taux de chômage vient de passer pour la première fois depuis 10 ans sous la barre des 9% selon l'Insee. Avec 8,8% de la population active, la France retrouve des niveaux qu'elle n'avait plus connus depuis la fin des années 2000. 

La ministre du Travail Muriel Pénicaud se félicite de ces résultats et estime que les réformes du marché du travail commencent à porter leurs fruits. Mais si le chômage baisse en France depuis quelques années, est-ce grâce à l'action du gouvernement aux manettes depuis 20 mois?

C’est en fait très difficile à évaluer. Il y a d’abord un petit effet démographique, avec le départ à la retraite chaque année de quelques 600.000 baby boomers. En parallèle, l’économie française s’est mise à recréer des emplois: 400.000 en deux ans. Même s'il faut bien noter que la création d’emplois s’est fortement ralentie en 2018 (à peine plus de 100.000 contre plus de 300.000 en 2017). Des créations d’emplois qui s’expliquent par l’investissement soutenu des entreprises qui reste un des plus élevés d’Europe avec plus de 25% de la valeur ajoutée investi chaque année.

L'économie française a donc retrouvé des couleurs. Les ordonnances de la loi Travail votée fin 2017 et qui ont mis plus de flexibilité sur le marché de l'emploi ont-elles favorisé cette embellie? Les économistes sont partagés. Mais ils notent que ces réformes ont pu contribuer à améliorer le climat dans le monde des affaires et lever quelques freins psychologiques difficilement mesurables.

En revanche, ce qui y a peut-être davantage contribué c’est la réforme de l’apprentissage qui a simplifié l’accès pour les jeunes. Pour rappel, le gouvernement a prévu une enveloppe de 15 milliards d’euros sur l'ensemble du quinquennat pour la formation: une somme qui cible les jeunes décrocheurs du système de formation et les chômeurs de longue durée éloignés du marché du travail. En 2018, ce sont 7% d’apprentis en plus qui ont été formés et qui ont pu mettre un pied dans l’entreprise.

De nombreux pays font mieux que nous

Cette réussite est toutefois à nuancer. Car la France n'est pas le seul pays à voir son chômage baisser. Il a fortement reculé en Espagne depuis deux ans (bien plus qu’en France), en Allemagne, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Dans ces pays-là, la baisse est durable et massive et les taux de chômage sont au plancher. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne enregistrent un taux de chômage de moins de 4% et l’Allemagne de 5% soit son plus bas niveau depuis la réunification de 1990.

La France pourra-t-elle atteindre ces taux plancher qu’on observe dans ces pays? Ce sera très difficile. D’abord, il faut rappeler l’objectif du gouvernement qui veut atteindre un taux de 7% en 2022 à la fin du quinquennat. Ce qui veut dire environ 500.000 chômeurs de moins qu’aujourd’hui. Or pour ça, il faudrait plus de croissance (la prévision pour 2019 n'est que de 1,5%) et des formations plus en adéquation avec les attentes du marché du travail, alors que les agences Pôle emploi observent que les jeunes sont souvent mal formés ou n’ont pas les compétences recherchées par les entreprises.

Moins de chômage, plus de précarité

Et puis, surtout si le chômage baisse, il reste tout de même quelques points noirs qui viennent entacher le joli tableau. D’abord, ce qu’on appelle "le halo du chômage" continue à progresser: 32.000 personnes de plus au dernier trimestre. Il s’agit des personnes qui souhaitent travailler mais qui ne sont pas comptabilisées parce qu’elles ne cherchent pas activement ou ne sont pas disponibles immédiatement.

Ensuite, si le chômage recule, la précarité ne diminue pas, au contraire. En 2018, 75% des embauches l'ont été via des CDD de moins de trois mois. Le gouvernement voudrait mettre en place un système de bonus-malus pour limiter l'emploi des CDD à répétition mais se heurte pour le moment aux organisations patronales.

Enfin, il y a le chômage des seniors qui reste élevé par rapport à nos voisins. Le taux d’emploi des 60-64 ans n’est que de 30% en France contre 42% en Europe. Les entreprises les jugent souvent trop cher et plus assez dynamiques. Et les différents dispositifs mis en place par les gouvernements successifs n’ont jusqu’à présent pas porté leurs fruits.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco