BFM Business

Et si les racines du "17 novembre", c'était le coût du logement?

-

- - AFP

La grogne actuelle sur le pouvoir d'achat met en cause la hausse récente du prix du carburant. Et si les racines étaient plus profondes et concernaient l'augmentation des dépenses subies au premier rang desquelles le logement?

Le carburant est-il l'arbre qui cache la forêt? A moins d'une semaine du mouvement du 17 novembre, la question du pouvoir d'achat inquiète les Français. Mais la hausse récente du prix du carburant est-elle la seule explication? Car dans le fond, si on regarde sur une longue période, ces dépenses ont eu tendance à baisser. Depuis 10 ans par exemple, le poids du carburant dans le budget des ménages est passé de 3,5% en à 2,1% selon l'Insee. Des voitures plus économes, un tarif du brut relativement stable. On s’était finalement habitué à consacrer peu d’argent à ce poste de dépense.

Sauf que les dépenses "subies" ont elles fortement augmenté ces dernières décennies et ce sont elles qui plombent le budget des Français. L’Insee parle de dépenses pré-engagées et cela concerne toutes les dépenses peu négociables à court terme comme les frais de cantine scolaire, les assurances, les abonnements au téléphone, à internet, ou à des services de type télévision à péage ou sites de streaming (Netflix, Deezer, Spotify...). L'ensemble des dépenses pré-engagées n'a cessé d'enfler pour atteindre 33,7% du budget des Français en 2016.

"Les Français engloutissent leur pouvoir d'achat dans le logement"

Et dans ces dépenses, il y a bien sûr le logement. Que ce soit les loyers ou les remboursements de crédit, la part consacrée au logement a littéralement explosé ces dernières années. Les Français y consacraient moins de 10% de leur revenu en 1960, 16% en 1980 et près de 23% aujourd’hui, voire plus de 30% dans certaines grandes agglomérations comme Paris. Selon une note de Natixis, si on tient compte de l’évolution des dépenses dans immobilier, le pouvoir d’achat a bel et bien diminué depuis 2002.

"C’est de là que provient le sentiment d’appauvrissement de beaucoup de salariés, estime Patrick Artus, l'économiste de Natixis. Les Français ont gagné du pouvoir d'achat ces dernières années, mais c'est pour l'engloutir dans le logement." Il y a encore quelques années en effet, un ouvrier pouvait se payer un crédit pour son logement et un crédit pour sa voiture. Or aujourd’hui c’est soit l’un, soit l’autre. Et c’est la voiture qui gagne car on en besoin pour aller travailler. 

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco