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Sapin: "Non, il n'y a pas de chèque en bois. Non, il n'y a pas de trou"

L'ancien ministre des Finances dénonce une "dramatisation" du gouvernement sur l'état des comptes publics.

L'ancien ministre des Finances Michel Sapin a dénoncé mercredi une "dramatisation" du gouvernement sur l'état des comptes publics, assurant que l'effort d'économies à réaliser d'ici la fin de l'année était d'un niveau identique à celui des années précédentes. "Non, il n'y a pas de chèque en bois. Non, il n'y a pas de trou. Non, il n'y a pas de dépenses engagées et impayées. Tout ceci, ce sont des facilités de langage", a déclaré Michel Sapin lors d'une audition devant la Commission des Finances de l'Assemblée nationale.

"Pourquoi cette dramatisation? Il y a quelque chose d'assez habituel", a ajouté l'ancien ministre, accusant le gouvernement de vouloir justifier par ce biais la mise en oeuvre de "décisions difficiles", liées aux engagements pris le président de la République.

Dans son audit des finances publiques publié fin juin, la Cour des comptes avait fait état d'un dérapage de 4 à 5 milliards d'euros par rapport à la cible de 3% de déficit public, et accusé le gouvernement sortant d'avoir manqué de "sincérité" en construisant son budget 2017.

"Aucune découverte"

"Il n'y a aucune découverte dans le rapport de la Cour des comptes", a réagi Michel Sapin, minimisant par ailleurs le niveau du dérapage. "4,5 milliards d'efforts pour faire face aux dépenses en cours d'année, c'est exactement dans l'épure habituelle", a-t-il assuré, se référant aux chiffres de 2015 (4 milliards) et 2016 (5,8 milliards). En annonçant mardi dans un entretien au journal le Parisien son plan pour économiser 4,5 milliards d'euros, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin avait qualifié de "sans précédent" l'effort réalisé pour boucler le budget 2017. "Jamais personne n'a fait 4,5 milliards d'euros d'économies", a-t-il assuré.

Prenant la parole après Michel Sapin devant les députés, l'ancien secrétaire d'État au budget Christian Eckert a appelé pour sa part "les uns et les autres à avoir un peu d'humilité par rapport" à des chiffres de déficit qui ne sont à ce stade "que des prévisions". "Affirmer aujourd'hui de façon péremptoire qu'il va manquer 4 ou 8 milliards d'euros pour arriver à tel résultat est un exercice auquel il faut se livrer avec précaution", a-t-il mis en garde.

Sur France 2 mercredi matin, Michel Sapin avait dénoncé une "erreur" dans la forte diminution annoncée par le gouvernement des crédits de la Défense. "Nous avions prévu 350 millions d'euros, pour être honnête. 850 millions c'est considérable. Et comme en plus on a compris que le surcoût des opérations extérieures devait être financé par le budget de la Défense, c'est plus d'un milliard de diminution de crédits de la Défense. Dans le contexte d'aujourd'hui, c'est une erreur", avait insisté ce proche de François Hollande. Il avait aussi regretté les choix fiscaux du gouvernement, notamment la réforme de l'impôt sur la fortune.

D. L. avec AFP