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Retraite, Sécu, social: ce que proposent les candidats à la présidentielle

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Quel avenir pour les retraites? Comment lutter contre les déserts médicaux? Faut-il augmenter les prestations sociales? Passage en revue des programmes des 11 candidats en la matière.

> Retraites: le grand écart des candidats

Un système injuste pour 80% des Français, inefficace selon les économistes et auquel plus grand monde ne semble croire (73% des Français sont très pessimistes sur leur niveau de vie une fois retraités). Et si tous les candidats partagent ce constat, les réponses qu'ils apportent sont bien différentes. Car si tous sont d'accord pour conserver le système par répartition, certains privilégient l'équilibre financier, quand d'autres promettent monts et merveilles sans toujours expliquer comment ils comptent financer leurs largesses. 

Les candidats qui vont le plus loin dans la réforme sont sans conteste Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan. Tous deux proposent une véritable révolution avec l'instauration d'une retraite par points (on calcule votre retraite en fonction des cotisations versées durant toute votre carrière) et la disparition des régimes spéciaux, notamment ceux de la fonction publique. Pour mémoire, c'est notamment cette mesure phare du plan Juppé de 1995 qui avait mis des millions de Français dans la rue. Mais les deux candidats ne prévoient pas de report de l'âge de départ, qui restera avec eux à 62 ans. Du moins dans un premier temps. Car le système de la retraite par points implique que le système s'adapte automatiquement à l'allongement de la durée de vie. Ainsi, l'âge auquel un salarié peut prétendre à une retraite à taux plein (67 ans aujourd'hui) devrait logiquement disparaître.

Des 11 candidats, seul François Fillon a prévu le report de l'âge légal de départ de 62 à 65 ans (mais 63 ans pour les carrières longues et maintien à 67 ans pour le taux plein). Si le candidat Les Républicains, lui, veut harmoniser public et privé avec la fin des régimes spéciaux, il ne semble pas vouloir changer le système en profondeur comme Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan.

Hormis François Fillon, aucun candidat ne reporte donc l'âge légal de départ. Ils sont même quatre à vouloir revenir à la retraite à 60 ans comme en 1981. Il s'agit de Nathalie Arthaud, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou.

Concernant les pensions, 8 candidats sur 10 veulent les revaloriser. De 100 euros pour Dupont-Aignan pour les plus modestes, à +10% pour le minimum vieillesse pour Benoît Hamon (actuellement de 801 euros par mois), en passant par un coup de pouce de 300 euros pour François Fillon pour les retraites inférieures à 300 euros. Seuls Emmanuel Macron et François Asselineau ne comptent pas dans leur programme de mesure de revalorisation des retraites. À noter que les plus généreux sont Nathalie Arthaud et Philippe Poutou: la première ne veut aucune retraite à moins de 1.800 euros par mois et le second aucune pension inférieure au Smic, sachant qu'il compte fixer le Smic à 1.700 euros par mois.

> Sécurité sociale: la bataille des déserts médicaux

Avec le vieillissement de la population, les dépenses de santé sont un enjeu majeur pour les Français. En la matière, les candidats ne comptent pas mégoter, d'autant que le budget de la Sécu devrait être à l'équilibre en 2017. Même François Fillon, qui comptait réserver l'Assurance maladie aux affections graves et aux longues maladies, a revu son ambition à la baisse. La prise en charge ne diminuera pas, assure désormais le candidat Les Républicains. Il propose même une prise en charge à 100% pour les lunettes des enfants et un objectif de reste à charge zéro pour les adultes à l'horizon 2022. Il compte en revanche faire des économies en revenant aux 39 heures de temps de travail dans la fonction publique hospitalière.

Pour Benoît Hamon, la réforme de l'Assurance maladie passera par un "droit à la santé universel", avec l'augmentation de la part des remboursements pour les soins dentaires, d'optique et de prothèse auditive, ainsi qu'une renégociation des prix des médicaments avec les laboratoires, afin de faire baisser les soins les plus coûteux. Jean-Luc Mélenchon va encore plus loin dans la prise en charge avec un remboursement à 100% par l'Assurance maladie de toutes les dépenses de santé dont les lunettes, les soins dentaires et les prothèses auditives. Même volonté chez Philippe Poutou, du NPA, de rembourser à 100% tous les médicaments "prescrits et utiles" afin d'amener à la suppression des complémentaires santé.

Mais pour tous les candidats, la priorité reste la bataille des déserts médiaux. Tous ont des mesures qui vont dans ce sens dans leur programme. Nicolas Dupont-Aignan souhaite augmenter le numerus clausus afin d'atteindre 10.000 praticiens par an. Marine Le Pen veut imposer des stages d’internat dans les zones les moins dotées et permettre aux médecins retraités d’y exercer avec des déductions de charges. Elle aussi compte élever le numerus clausus afin d'éviter le recours massif aux médecins étrangers. La candidate du Front national compte aussi supprimer l'aide médicale d'État des étrangers sans papiers, des mesures qui figurent aussi dans les programmes de François Fillon et de Nicolas Dupont-Aignan. 

Emmanuel Macron, quant à lui, veut lutter contre les déserts médicaux en axant sa politique sur les maisons de santé (des centres qui regroupent plusieurs médecins), dont il compte doubler le nombre d'ici à 2022. La France en compte aujourd'hui 1.200, contre une grosse centaine à peine il y a cinq ans. Benoît Hamon compte pour sa part en ouvrir 1.500 sur son quinquennat. Pour faire baisser le prix des médicaments, le candidat d'En Marche!, qui souhaite lui aussi rembourser sous 5 ans soins d'optique, dentaires et d'audition, exige que les médicaments puissent être à terme vendus à l'unité.

> Dépenses sociales: une ligne de fracture claire

Sur les dépenses sociales, il existe deux catégories de candidats: ceux qui veulent dépenser plus, voire beaucoup plus, et ceux qui veulent faire des économies pour permettre de retrouver de la compétitivité. Ainsi pour François Fillon et Emmanuel Macron, la meilleur protection sociale reste le travail. Le candidat LR veut ainsi simplifier le système des prestations en mettant en place une allocation sociale unique se substituant au RSA, aux APL et à sept autres aides sociales via un dossier et un guichet uniques. Des aides réservées à ceux qui résident depuis au moins 2 ans dans l'Hexagone.

Emmanuel Macron veut privilégier le retour à l'emploi en augmentant de "près de 50%" la prime d'activité, ou en permettant tous les 5 ans aux salariés qui le souhaitent de toucher le chômage, mais en contre-partie ils devront être formés pour trouver un nouvel emploi et ne pourront pas refuser plus d'une fois un nouvel emploi. Un accent mis sur le travail que l'on retrouve aussi chez Nicolas Dupont-Aignan, avec notamment la transformation du RSA en revenu minimum d’activité, qui obligerait les bénéficiaires à travailler une journée par semaine pour la collectivité. 

Les candidats du PS et de La France insoumise comptent eux dépenser davantage en prestations sociales: 71 milliards d'euros par an sur le quinquennat pour Benoît Hamon, dont la moitié sera consacrée à son revenu universel, qui sera progressif, et que toucheront les personnes qui gagnent moins de 2.800 euros brut par mois. 

Le plus dépensier de tous reste Jean-Luc Mélenchon, qui veut augmenter les dépenses publiques de 173 milliards d'euros par an. Le candidat veut notamment instaurer une allocation d’autonomie de 3 ans pour les jeunes de 18 à 25 ans sous réserve de suivre une formation qualifiante, verser l'allocation familiale dès le premier enfant, augmenter le montant de l'Allocation personnalisée d’autonomie de 700 à 1.400 euros ou interdire les expulsions locatives sans solution de relogement. 

Côté Front national, c'est la nationalité française qui conditionne l'accès aux prestations sociales comme le minimum vieillesse, la prime de pouvoir d'achat (pour les revenus et retraites de moins de 1.500 euros par mois) et les allocations familiales (au moins un des deux parents doit être français). 

Si Nathalie Arthaud, qui veut rompre avec le système capitaliste, ne détaille pas de mesures sociales, Philippe Poutou veut instaurer un pré-salaire du niveau du Smic pour les étudiants qui sont des "salariés en formation", explique le candidat du NPA.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco