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Reprise de Whirlpool: ce qu’avait vraiment dit Emmanuel Macron en 2017

Emmanuel Macron à Whirlpool le 3 octobre 2017

Emmanuel Macron à Whirlpool le 3 octobre 2017 - PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Deux ans après son dernier déplacement, le chef de l'État était de retour sur le site de l'ex-usine Whirlpool ce vendredi pour rencontrer les anciens salariés désabusés par le fiasco de la reprise de l'entreprise.

"Macron a vendu du rêve, on va lui demander des comptes!". Le chef de l’État était attendu de pied ferme ce vendredi par les ex-salariés de l’usine Whirlpool d’Amiens, décidés à comprendre le fiasco de ce dossier industriel après leur "double" licenciement en raison de la liquidation cet été du repreneur WN.

"Venir il y a deux ans dire à tous les salariés qu’ils seront repris alors que derrière il y a rien, c’est nous prendre pour des cons. Et venir dire qu’aujourd’hui Emmanuel Macron, comme s’il était un citoyen lambda […] est déçu, c’est nous prendre pour des cons une deuxième fois", a déclaré le député de la Somme François Ruffin.

Sur place, Emmanuel Macron a pourtant assuré ce vendredi avoir "dit la vérité à Whirlpool" lors de son déplacement en 2017, alors qu’il n’était que candidat à la présidentielle. "Au printemps 2017, je vous ai dit, l’ensemble des employés retrouvera des perspectives, on va se battre. J’ai aussi dit que cela fermerait. Je vous l’ai dit les yeux dans les yeux. J’aurais pu vous raconter des salades. Je ne l’ai pas fait", a-t-il souligné.

"270 salariés repris"

Alors, qu’a vraiment dit Emmanuel Macron il y a deux ans? Accueilli sous les sifflets sur le parking de Whirlpool durant l’entre-deux tours le 26 avril 2017, le candidat à l'Élysée est interpellé par les salariés sur la délocalisation de l’entreprise. "Je ne suis pas en train de vous dire que je vais sauver vos emplois parce que personne ne peut le faire dignement", avait déclaré le futur chef de l’État. Avant d’ajouter: "Interdire à une entreprise de fermer un site qu’elle a décidé de fermer, c’est quelque chose qui n’est pas possible". Le candidat d’En Marche avait alors insisté sur l’importance de "trouver un vrai repreneur avec un projet industriel".

Cinq mois plus tard, Emmanuel Macron retourne sur place, avec cette fois la casquette de président de la République. Et il ne vient pas seul. Avec lui, Nicolas Decayeux, PDG de WN, le repreneur. "Il y a un projet, celui de M.Decayeux, qui donne un avenir à l’entreprise puisque c’est autour de 270 salariés qui seront repris, c’est à dire quasiment toutes celles et ceux qui le souhaitent, hormis les départs à la retraite légitimes".

Reprise surestimée

En réalité, Emmanuel Macron a vu large en évoquant la reprise de 270 salariés. Car entre temps, certains ont pris leur retraite et d’autres n’ont pas souhaité poursuivre l’aventure avec ce nouveau repreneur et sont partis vers d’autres horizons professionnels. Par ailleurs, WN auraient refusé de reprendre neuf salariés, selon Libération. Il s'agirait donc en majorité de décisions qui ne dépendaient pas de l'entreprise. Au total, 162 ex-Whirlpool ont été repris par WN en mai 2018, portant le nombre d'employés à 182. 

Mais, in fine, le projet ne prend pas. L’été dernier, WN est placé en liquidation judiciaire. Faute de commande, les salariés "se retrouvaient vite à tondre les pelouses, jouer aux cartes" ou "errent dans la cour", témoigne Christophe Beaugrand, soudeur et ex-WN. Un nouveau repreneur, Ageco Agencement, est finalement trouvé. Il propose de reprendre 44 salariés.

Sur les 138 ex-WN à nouveau licenciés, 23 ont aujourd’hui retrouvé un emploi, 106 sont suivis par Pôle emploi et 9 ont finalement "rebasculé" sur le plan de reclassement Whirlpool, selon la préfecture.

Manque de suivi

Dans ce dossier, François Ruffin et les syndicats ont également dénoncé l’abandon de l’État qui n’aurait pas assuré le suivi nécessaire de l'entreprise. "Comment une telle mascarade est-elle possible? Comment l'État a-t-il pu apporter sa caution, verser autant d'argent sans s'apercevoir qu'il n'y avait aucun ‘business plan’?", ont martelé ce vendredi les syndicalistes, dénonçant une "manigance".

"Le repreneur, ce n’était pas un pote à moi. Il était entrepreneur, tout avait été vérifié", a rétorqué Emmanuel Macron. "Avec une offre de reprise, il y a toujours une part de risque. On est face à un projet qui a échoué. Le gouvernement n'est pas un industriel. […] Le repreneur s’est planté mais c'est trop facile de tout mettre sur le dos de l'État", a-t-il ajouté.

Il a promis de revenir au maximum dans un an pour s'assurer que chaque ex-salarié avait une perspective. "Je veux que dans le trimestre qui vient on réussisse à faire avancer les choses, y compris en investissant sur le site pour réindustrialiser".

Paul Louis avec AFP