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Pourquoi Geoffroy Roux de Bézieux va devoir réinventer le Medef

Avec l'ère Macron, le Medef en a fini avec "la bataille des idées" de l'époque Hollande et va se concentrer ces prochaines années sur sa propre transformation.

Après quatre mois de campagne serrée, on connaît enfin le visage du nouveau patron des patrons. À 56 ans et après trois tentatives, Geoffroy Roux de Bézieux a remporté le scrutin ce mardi avec 55,8% des voix face à Alexandre Saubot, et devient le dixième président du Medef.

Ces cinq dernières années, son prédécesseur Pierre Gattaz s’était lancé dans la "bataille des idées" face au gouvernement de François Hollande. Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, un chef de l’État "pragmatique" selon les mots de l’ex-président du Medef, comprendre pro-entreprise, le patronat a obtenu satisfaction sur plusieurs demandes: de la réforme du code du travail, à la suppression de l’ISF en passant par la modification du compte pénibilité.

"On est sorti des tranchées, ça a permis de déposer les armes", confiait d’ailleurs Pierre Gattaz fin mars dans les colonnes de l’Opinion. "Je ne dis pas que la guerre est finie", avait-il prévenu. "La bataille des idées n’est pas gagnée mais d’immenses progrès ont été accompli", a renchéri ce mardi Geoffroy Roux de Bézieux quelques heures avant le scrutin.

Impôts de production, raison sociale de l’entreprise dans la loi Pacte, taxation des CDD, baisse de la dépense publique… le patronat a encore quelques cibles, mais du reste il va essentiellement s'inscrire dans l'accompagnement des réformes du gouvernement. 

Transformer la structure du Medef

Dans ce contexte à quoi le Medef va-t-il bien pouvoir s'employer ces prochaines années? Après la "bataille des idées", Geoffroy Roux de Bézieux veut livrer une autre bataille, celle "de la transformation de nos entreprises et cela passe par la transformation de notre mouvement".

Avec des territoires et des secteurs répartis en 700 branches, le Medef aussi est frappé par la complexité qu'il dénonce pour la bureaucratie. C'est pourquoi son nouveau président entend lancer une chantier d'une modernisation de sa gouvernance et de son financement pour aboutir à un "Medef agile".

Il souhaite notamment que le mouvement soit financé à 100% par ses adhérents. Sur 3 millions d'entreprises en France, seules un peu plus de 120.000 ont leur carte au Medef. Il va donc falloir attirer de nouvelles recrues, en proposant de nouveaux services aux entreprises, comme la formation et le numérique.

Conquérir les entreprises, mais aussi l'opinion publique. Le Medef doit redorer son blason auprès des Français s'il veut faire accepter ses demandes de réforme.

En outre, Geoffroy Roux de Bézieux veut un patronat tourner vers l'Europe et vers l'avenir. Il faut "penser le temps long [...] devenir un laboratoire d’idées, de proposition, quitte à ne pas hésiter à se confronter avec d’autres courants de pensée", a-t-il détaillé.

Quel avenir pour le paritarisme?

Le patronat veut aussi changer son positionnement dans le dialogue social au niveau national, notamment "transformer le paritarisme". Alors que la réforme de l'assurance-chômage devrait donner les manettes à l'État, le Medef pourrait décider de sortir de l'Unédic. Geoffroy Roux de Bézieux ne veut plus "de négociations alibi où l’ombre de l’État plane au-dessus des partenaires sociaux", mais reprendre de "l'autonomie de gestion et de décision". Le Medef pourrait aussi s'éloigner des négociations interprofessionnelles.

Du côté des syndicats de salariés cette stratégie n'enchante pas. Interrogé sur la chaîne BFMBusiness, le secrétaire général de Force ouvrière Pascal Pavageau souhaite que le Medef ne se limite pas à une "logique de lobby" où "le paritarisme c'est le patronat et le chef de l'État". Le syndicaliste espère au contraire que, la campagne maintenant terminée, il revienne " à la table du paritarisme et de la négociation interprofessionnelle".

J.-C.C.