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Wuhan, épicentre de l'épidémie au coronavirus et porte d'entrée "française" en Chine

Le groupe automobile PSA dispose de trois usines à Wuhan.

Le groupe automobile PSA dispose de trois usines à Wuhan. - STR-AFP

Peu connue, cette cité de 11 millions d'habitants, au centre de la Chine, héberge de nombreuses implantations de firmes venues de France (PSA, Alstom, Seb, Renault) ainsi qu'une école française internationale. Un contexte "francophile" qui a pris racine il y a plus de 50 ans.

Air France est directement concernée par la "quarantaine" qu'impose la Chine à la ville de Wuhan, identifiée comme l'épicentre de l'épidémie de coronavirus qui depuis décembre a contaminé plus de 500 personnes et fait 17 morts. Depuis ce jeudi matin, plus aucun train ni avion ne doit en principe quitter la cité de 11 millions d'habitants située en plein centre de la Chine, au bord du fleuve Yangtsé.

La compagnie française et son partenaire néerlandais KLM assurent des vols quotidiens avec cette grande cité chinoise méconnue, liaisons régulières justifiées par les relations particulières que Wuhan entretient avec la France.

PSA a implanté trois usines à Wuhan depuis 1992

Ces liens sont d'abord d'ordre économique. C'est le constructeur automobile PSA (Peugeot-Citroën) qui s'y est implanté le premier en tant que géant industriel français et ce, dès 1992. Il a créé à Wuhan jusqu'à trois usines (sur ses 5 sites industriels chinois), même si en 2019 la coentreprise du constructeur français, avec ses partenaires chinois Dongfeng et Changan, a indiqué qu'ils allaient vendre un de ses sites et en fermer un autre.

Renault y, a pour sa part, inauguré en 2016 (cf photo ci-dessous) avec son partenaire Dongfeng une usine employant 2000 salariés pour fabriquer des Kadjar (un modèle de SUV).

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- © L'usine de Wuhan, inaugurée en 2016, est la première usine de Dongfeng Renault Automotive Company (DRAC). On y produit des Kadjar. Source: Renault.

Plusieurs autres fleurons de l'industrie française (Alstom, Seb, L'Oréal, Total,) ont aussi élu domicile dans cette ville qui occupe une position de carrefour géographique entre Canton et Pékin d'une part, Shanghai et Chengdu d'autre part. Résultat: près de 1000 Français expatriés travaillent dans cette ville chinoise. Ces cadres disposent pour leurs enfants d'une école française internationale installée depuis 2014 sur le campus international de la zone de développement économique de Wuhan.

Qualifiée de "francophile", cette porte d'entrée en Chine pour les sociétés françaises trouve ses origines dans une coopération initiée au milieu des années 1960 par le général de Gaulle. Le chef de l'État français fut, à l'époque, parmi les premiers à établir des relations diplomatiques officielles avec la Chine, impliquant un échange d'ambassadeur. La décision provoqua à l'époque le courroux des Etats-Unis, la France étant le premier pays occidental d'envergure à pousser aussi loin sa coopération avec l'empire du Milieu.

Wuhan, "ville-modèle de la coopération franco-chinoise"

Dans la foulée, la relation entre la ville de Wuhan et la France remonte à 1966, sous l'impulsion du Général de Gaulle et de Zhou Enlai, le Premier ministre à l'époque de Mao Zedong. "Ils ont décidé de faire de Wuhan, la ville modèle de la coopération franco-chinoise", se souvient dans Les Echos Serge Lavroff, l'ancien consul général de France à Wuhan.

Cette coopération a débuté par des échanges universitaires qui s'est prolongée ensuite dans le domaine économique avec l'ouverture de la Chine à l'économie de marché dans les années 1980. Fidèle à ses liens, Wuhan fut même en 2007 la première grande cité chinoise à célébrer la fête de la Musique, s'inspirant de la France...

Frédéric Bergé