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La chute du pétrole fait tomber la zone euro en déflation

La zone euro n'avait plus connu de baisses des prix sur un mois depuis 2009

La zone euro n'avait plus connu de baisses des prix sur un mois depuis 2009 - fedcomite - Flickr - CC

Pour la première fois depuis 2009, les prix ont baissé dans la zone euro, selon les dernières données mensuelles publiées par Eurostat ce mercredi 7 janvier. Une mauvaise nouvelle pour l’économie.

Le spectre de la déflation, tant redouté par les dirigeants Français, dont Manuel Valls, est désormais réalité, du moins au niveau européen. Les prix ont, en effet, baissé de 0,2% sur un an dans la zone euro au mois de décembre, selon les derniers chiffres publiés ce mercredi 7 janvier par Eurostat, lors d'une première estimation.

Ce phénomène n'avait plus été observé depuis octobre 2009. La baisse des prix s'explique avant tout par la dégringolade des cours du pétrole. Les chiffres publiés par Eurostat montrent, en effet, que les prix de l'énergie ont baissé de 6,3% en décembre, alors que dans le même temps les prix des denrées alimentaires ou encore des biens non énergétiques ont été stables.

"Tout le monde est perdant dans la déflation"

A titre d'illustration, la chute des cours de l'or noir, qui ont perdu plus de 50% en six mois, ont été à l'origine de la baisse importante des prix à la pompe en France. A la mi-décembre, le gazole était même passé sous les 1 euro par litre dans plusieurs stations-services. Autre exemple: les tarifs réglementés du gaz, qui sont partiellement indexés sur les cours du pétrole et devraient ainsi baisser d'un peu plus de 1% le 1er février, selon Le Figaro.

A première vue la déflation pourrait donc être perçue comme une bonne nouvelle pour le consommateur puisqu'elle s'apparente, à court terme, à une hausse du pouvoir d'achat. Et pourtant "tout le monde est perdant avec la déflation", souligne Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

"Le risque est que les ménages anticipent que les prix continuent à baisser et reporte ainsi leurs décisions d'achat, ce qui pèserait sur l'activité", souligne l'économiste. Ce phénomène touche plus particulièrement les biens durables, qui ont une durée de vie de plus de cinq ans (lave-linge, automobile). En effet: quel intérêt il y a-t-il à acheter une voiture aujourd'hui si son prix sera nettement plus bas dans six mois?

Une mauvaise nouvelle pour le budget de l'Etat

Au niveau des entreprises, la baisse du prix du pétrole a, pour le moment, comme vertu de leur permettre d'importer des matières premières à moindre coût. Problème: les sociétés européennes font actuellement face à une forte concurrence sur les prix. "Même une répercussion partielle sur les prix risque alors de faire baisser leur chiffre d'affaires et de comprimer leur marge", précise Jean-Louis Mourier. Ce qui pourrait alors forcer les entreprises à réduire leurs coûts et leurs effectifs.

Enfin la déflation pénalise l'Etat dont une partie des recettes, à commencer par la TVA, sont indexées sur le niveau des prix. Une mauvaise nouvelle pour le budget. En septembre dernier, le ministre des Finances Michel Sapin avait d’ailleurs, un temps, envisagé de réduire le montant des 21 milliards d'euros d'économies pour 2015. "On ne peut pas avoir les mêmes objectifs avec une inflation qui devient très faible", affirmait-il alors.

Julien Marion