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Grèce, Espagne, Portugal: les agences de notation ont-elles un coup de retard?

Les PIIGS sont remis sur pied

Les PIIGS sont remis sur pied - -

Fitch a, ce vendredi 23 avril, relevé la note de la Grèce et Standard and Poor's a fait de même avec l'Espagne. Mais les marchés ont depuis bien longtemps intégré les progrès accomplis par les pays fragiles de la zone euro.

Les fameux PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne), ces pays fragiles de la zone euro, sont bien sortis du tunnel. Ce vendredi 23 mai, les agences de notation Fitch et Standard and Poor's l'ont confirmé un peu plus. La première citée a relevé la note de la Grèce, de B- à B. La seconde a fait de même avec l'Espagne, qui passe ainsi de BBB- à BBB. Le 10 mai dernier, Moody's avait, elle, réhaussé la note du Portugal.

A l'origine de ces reclassements, les efforts accomplis par les pays pour mettre de l'ordre dans leurs finances publiques. Pour ne citer que la Grèce, Athènes dégage désormais des excédents budgétaires primaires, c'est-à-dire en tenant pas compte de la charge de la dette.

Le Portugal et l'Irlande ont eux aussi effectué des efforts importants, au prix de sévères plans d'austérité. Le premier devrait passer sous les 3% de déficit l'an prochain, selon la Commission européenne, et la seconde devrait limiter son déficit à 4,2%, après plus de 8% en 2012. Ces deux pays sont sortis du plan d'aide international dont ils ont fait l'objet.

Les faveurs des marchés

Mais l'amélioration soulignée par les agences ne date pas d'hier. "Cela fait plusieurs trimestres que ces pays alignent des croissances positives, que le chômage baisse et que des emplois sont créés", rappelle Jean-François Robin, stratégiste obligataire chez Natixis.

En témoigne les coûts d'emprunts sur les marchés de ces pays. Les taux à 10 ans de la dette espagnole sont passés sous les 3% début mai, alors qu'ils dépassaient les 7% a l'été 2012. Le Portugal et l'Italie empruntent eux aussi à des taux inédits, inférieurs à 4%. Et que dire de la Grèce, longtemps bannie des marchés, qui a effectué un retour réussi en avril dernier?

"Le marché a depuis longtemps compris que ces pays vont mieux", résume Jean-Pierre Robin. Est-ce à dire que les agences de notation saluent ces progrès tardivement? Le stratégiste répond par l'affirmative. "Les agences ont été très promptes à déclasser ces pays et, à l'inverse, ont été beaucoup lentes" à relever leurs notes, analyse-t-il, écartant toutefois le cas de l'Irlande.

Pour expliquer l'apaisement de la dette de ces pays, Jean-Pierre Robin souligne un autre phénomène. Depuis juillet 2012, et l'engagement de Mario Draghi à mettre tout en œuvre pour préserver l'intégrité de l'euro, "l'appartenance à la zone euro est redevenu, pour ces pays, un facteur positif pour les investisseurs". Ainsi l'union monétaire est perçue comme une zone plus stable, que la Thaïlande, par exemple. Dans un contexte de freinage de la croissance des émergents et de remontée des taux aux Etats-Unis, les PIIGS bénéficient ainsi d'un transfert de flux de capitaux.

Julien Marion