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Gilets jaunes, Renault, Alstom… : ce qu’il faut retenir de l’interview de Bruno Le Maire

Invité de l’émission 12H L'Heure H depuis le forum de Davos, le ministre de l’Economie et des Finances est revenu sur les dossiers qui rythment ce début d’année.

Mouvement des « gilets jaunes »

Annoncées mi-décembre par le gouvernement face au mouvement des « gilets jaunes », les mesures sociales et fiscales viendront aider « ceux qui travaillent », répète Bruno Le Maire, « mais aussi les retraités » car des mesures les concernent aussi, notamment la CSG. « La cohérence, c’est de s’assurer que le travail paie », assure le ministre, évoquant la hausse de la prime d’activité ou la suppression de la taxe d’intéressement pour une partie des entreprises. Même si « tous les Français ne voient pas encore les effets de ces mesures », c’est une « question de cohésion sociale », estime-t-il.

Concernant le mouvement des « gilets jaunes », seul le dialogue pourra y mettre fin, selon Bruno Le Maire. « C’est le but du grand débat, avec des centaines et des centaines de réunions. Les Français ont envie de s’exprimer sur leur avenir, il faut leur donner la parole », assure-t-il. Faut-il plus de justice fiscale ? « Attendons ce que les français nous dirons à l’issue de ce débat », estime-t-il. « Tous ceux qui j’ai rencontré [à Davos] ne me disent pas qu’il y a un problème avec la France, mais un problème avec le capitalisme. Je crois au système capitalistique, mais il faut un nouveau capitalisme qui protègent mieux » et se soucie de l’environnement, développe-t-il.

Croissance française

Depuis Davos, le FMI avait annoncé une révision à la baisse de la croissance française pour 2019, pointant notamment le mouvement des « gilets jaunes ». « Nous maintenons [notre prévision de croissance] à 1,7% et prenons toutes les décisions nécessaires pour soutenir la croissance » et éviter une nouvelle crise financière, réponds néanmoins Bruno Le Maire.

« Je ne partage pas le pessimisme du FMI, notre rôle est de nous battre. Il faut rassembler les forces européennes pour plus de prospérité », martèle le ministre. « Je crois profondément que la solution nationale c’est le dialogue, et la solution européenne c’est davantage de coopération entre les nations », poursuit-il. Les incertitudes autour du Brexit inquiètent notamment le FMI. La sortie du Royaume-Uni « n’aura pas d’incidence sur la croissance française, nous avons toutes les mesures nécessaires pour amortir ce choc », rassure-t-il.

Nouvelle direction chez Renault

La réunion du conseil d'administration de Renault qui se tient jeudi devrait porter le tandem composé de Thierry Bolloré, adjoint et dauphin désigné de Carlos Ghosn, et de Jean-Dominique Senard, patron de Michelin, à la tête du constructeur automobile. « C’est au conseil d’administration de Renault de décider. L’importante, c’est une nouvelle gouvernance qui dissocie la présidence et la direction générale », déclare Bruno Le Maire. Il rappelle son soutien à la candidature de Jean-Dominique Senard à la présidence de Renault. Ce dernier est « un excellent industriel, il a fait preuve de son talent chez Michelin », souligne-t-il.

Carlos Ghosn a fait « un travail excellent au cours des dernières années, qui a permis de mettre Renault-Nissan en tête des constructeurs mondiaux », mais « Je me tourne maintenant vers le futur. Ce qui compte pour les milliers de salariés c’est de savoir comment Renault va continuer à être un grand constructeur mondial, leader sur la voiture électrique et la voiture autonome », assure Bruno Le Maire.

Par ailleurs, la question des participations croisées entre les deux groupes « n’est pas sur la table. Nous voulons renforcer l’alliance, ce qui est sur la table c’est la gouvernance de Renault et de Nissan. Je ne crois pas au changement des règles ni de l’accord conclu entre les membres de l’alliance », déclare le ministre.

Fusion Alstom-Siemens

« J’espère que la raison l’emportera », déclare Bruno Le Maire au sujet du possible rejet de la fusion entre Alstom et Siemens par la Commission européenne. « La raison, c’est que face au géant chinois, nous ayons un géant européen qui soit mis en place, sinon nous ouvrons nos marchés à un géant beaucoup plus puissant que nous », poursuit-il. « La décision est dans les mains de la Commission. Alstom et Siemens ont fait des propositions très fortes à [Bruxelles], toutes les conditions sont réunies pour créer aujourd’hui un géant ferroviaire européen », assure-t-il.

Privatisations dans le cadre de la loi Pacte

« Je maintiens nos calendriers » sur les privatisations annoncées dans le cadre de la loi Pacte, déclare Bruno Le Maire, qui rappelle que la proposition sera prochainement étudiée au Sénat. Il n’est pas envisagé de décaler cette cession d’actifs, malgré le mouvement des « gilets jaunes ». « L’objectif est de sortir de l’argent pour innover », défend-il. « Nous ferons très attention à toutes les garanties nécessaires, je suis ouvert à toutes les propositions des sénateurs pour renforcer ces garanties », assure-t-il.

« Taxe Gafa »

Les négociations pour une taxe européenne sur les géants du numérique patinent. Plusieurs Etats membres, l’Irlande en tête, s’y opposent encore. « Nous ne sommes pas tant à contre-courant que cela, car 23 Etats sur 27 y sont favorables », souligne Bruno Le Maire. « C’est un mouvement de fond vers la justice fiscale. Quand un combat est juste, il gagne toujours à la fin, j’en suis convaincu », poursuit-il.

Une taxation minimale sur les sociétés sera au programme du prochain sommet du G7 qui se tiendra en août à Biarritz. Bruno Le Maire réfute tout isolement de la France sur cette question. « Les Allemands sont totalement favorables à l’idée d’une taxation minimale, les Américains ont aussi complètement conscience du défi, on ne peut pas accepter que des géants échappent à l’impôt », assure-t-il.

La rédaction